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L’action culturelle pour et par les jeunes comme outil de transformation sociale [fr]
3 February 2004

En quoi les jeunes peuvent-ils agir par la culture (expression, langages, création artistique) pour repolitiser et transformer la société. En quoi la culture peut-elle faciliter le décloisonnement individuel et permettre une certaine appréhension de la question de l’altérité?



 

Jacques DEMEULIER :

Parler de la place et des actions des associations d’éducation populaire nécessite une réflexion préalable. Dans le contexte du forum social européen, on ne peut traiter de la question de l’action culturelle que si elle est éclairée par le projet politique de vivre ensemble. Les acteurs organisés ( partis, syndicats, associations...) sont invités à créer des convergences, dans ce contexte ou le monde ancien meurt mais ou le monde nouveau ne naît pas encore. Les jeunes doivent contribuer à penser et à débattre de la place de l’action culturelle.

Débattre de la question de l’action culturelle ne doit pas nous amener à faire l’économie des questions sur la conservation, la transmission, la création. Il n’y a pas de culture si l’on ne réfléchit pas sur le patrimoine transmis, la mémoire, les expériences précédentes. Il faut réfléchir sur ce qui est transmis de jeunes à jeunes, de jeunes à adultes, et des adultes aux jeunes. La création et l’invention qui émergent sont primordiales, pour dépasser les modèles dominants. S’interroger sur ces questions signifie qu’il faut repenser la transmission du patrimoine et la création de nouveaux projets.

Le CNAJEP comprend environ 70 associations d’éducation populaire, au niveau national et territorial, représentées dans leur plus grande diversité. Les associations d’éducation populaire présentent certaines caractéristiques. Je soulignerai 5 d’entre elles.

- L’aspect intergénérationnel

- Le caractère collectif respectueux des projets ne relevant pas des seules expressions individuelles.

- Le débat, la réflexion mais aussi un certain nombre de pratiques.

- L’action pour et par les jeunes est constitutive de la vie associative, s’engager dans la vie associative signifie participer à une structure non lucrative, le fait de choisir ce combat, d’autres voies de solidarité que la recherche du luxe.

- L’aspect national et territorial, mais aussi dans une visée internationale et européenne pour l’échange des cultures et des langues.

La qualité des actions pour et par les jeunes n’est garantie que si en amont la place des jeunes à l’école et dans la famille est valorisée, afin que soient trouvés les moyens et les conditions matérielles pour créer des projets. Des espaces sociaux et des temps sociaux sont nécessaires, pour inventer, créer et se rencontrer, sinon il n’y a pas d’actions culturelles pour et par les jeunes.

Christophe MALI, du Groupe de musique TRYO :

Je suis plus habitué à chanter qu’à prendre le micro. Le groupe TRYO est constitué de 4 personnes, dont 3 percussionnistes. Il a 8 ans d’existence. Son style est défini au début comme du reggae acoustique. Le groupe a 3 albums à son actif. Nous avons commencé dans une MJC à Fresnes, qui était le seul endroit où l’expression entière de notre passion était possible. Sans cette MJC nous serions restés dans notre petit local de répétition. Puis nous avons vendu pas mal d’albums, et beaucoup tourné, grâce au rôle important des associations, par exemple en Bourgogne. En effet, un jeune groupe rencontre beaucoup de difficultés à ses débuts. Nous avons élaboré une éthique, afin de réaliser chaque projet par choix, et parce qu’on refuse une trop grande marchandisation. Venant de l’éducation populaire, l’on souhaite se souvenir d’où l’on vient. Nous sommes définis par notre public comme un groupe militant. Avant d’être artistes, nous sommes citoyens. A ce titre, nous sommes adhérents de plusieurs associations, avec lesquelles nous créons un lien de manière artistique puisque nous retranscrivons leurs causes dans nos chansons. Nous soutenons notamment l’action de :

- Greenpeace, à travers des textes sur la Cogéma, le nucléaire.

- Solidarité Tibet. En effet nous avons un public assez jeunes, et nous avons donc un rôle à jouer pour participer à éduquer les gens. Nous avons donc participé à une compilation " Tibet Libre".

- L’association Survie, qui a inspiré la chanson "Pompe à fric", qui retranscrit leur discours, mais toujours avec gaieté sans le coté trop moralisateur.

- Attac, pour lesquels on présente un stand marchandising.

Parallèlement à la participation à ces différents associations, nous avons créé un collectif " Ensemble contre la guerre" dans le contexte de la seconde Guerre en Irak, pour agir et parler d’une seule voix. Le concert du Zénith a eu lieu le jour où la guerre a démarré. Un projet en partenariat avec la Fondation Léo Lagrange est en train de se monter pour travailler avec un collectif d’artistes irakiens pour essayer de créer une ouverture culturelle.

A titre personnel je pense que le changement social peut passer par l’action culturelle, si une chanson ne peut pas faire changer le monde, son existence peut donner envie de faire changer les choses. Nous avons un vrai rôle à jouer.

Heureusement que des structures comme les MJC sont là, car sinon les jeunes seraient confrontés à l’ennui. La culture crée un véritable lien social, dans la manière d’impliquer les gens par le biais de l’art. Il est révélateur que lors des élections présidentielles, le débat sur la culture a été occulté. Or, celle-ci crée un pont de la pensée. C’est la première fois que la culture est abordée dans un forum social européen.

Je viens d’une compagnie de théâtre qui est partie à Sarajevo monter une pièce : « Le dictionnaire de la Guerre ». Par le biais de ces personnes, les jeunes sont sortis de Sarajevo, et ont appris à vivre ensemble, au-delà de leurs différences ethniques et religieuses. Désormais la plupart de ces jeunes travaillent dans le milieu culturel, et grâce à cette expérience, ils ont appris à se construire et à se trouver eux mêmes.

La Klaus Compagnie :

Présentation d’une scénographie avec un danseur valide et une danseuse portant des béquilles. Nous sommes un groupe de danse contemporaine, qui depuis 5 ans a intégré 5 handicapés moteurs, dont 4 personnes en fauteuil roulant.

Nous avons commencé en 1991 dans une MJC à Bordeaux. Nous étions la première compagnie travaillant dans une MJC de France, puis nous avons évolué vers une compagnie professionnelle.

Le détachement des MJC a été nécessaire car la plupart des locaux ne sont pas accessibles aux handicapés. De plus la majeure partie des salles de spectacles ne peut pas accueillir ce public handicapé. L’accueil est en effet quasi inexistant en France, contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays européens, notamment en Italie, Allemagne, Espagne. D’ailleurs il serait intéressant de pouvoir comparer ces politiques culturelles en la matière.

Ainsi nous rencontrons davantage des difficultés logistiques que des difficultés liées au travail artistique, qui pose la question des rapports entre danse et handicap.

Je suis animateur de formation, et face à ces contraintes techniques, nous avons mis en place des ateliers tournants, puisqu ’aucune structure n’est spécialisée dans l’accueil des invalides. Nous nous déplaçons dans des structures qui veulent tenter cette aventure. Nous avons la volonté de créer à Bordeaux le premier centre mixte, mais ce projet n’est pas soutenu par les pouvoirs publics, seulement par des soutiens privés. Le travail de ces ateliers est très important pour sensibiliser à la danse un public mixte. Nous avons besoin de plus de moyens de diffusion.

Interventions du public :

- Didier HACKAEL, Sociologue de la culture :

Je vais mettre les pieds dans le plat en face de ces institutions qui sont d’abord des entreprises de services parapublics, et non plus des associations d’éducation populaire. Par rapport au discours sur la transformation sociale, cela signifie la transformation des rapports sociaux, et plus précisément la transformation des rapports de force sociaux. Or vos actions passent par une institutionnalisation de la production culturelle déjà faite depuis longtemps par la culture légitime. Cette institutionnalisation de la culture populaire est grave, surtout face au poids croissant de la culture de masse.

L’enjeu de la culture populaire est de porter des revendications de classes sociales, plus précisément de groupes sociaux. Il faut faire passer les contestations de ces groupes sociaux contre les processus institutionnels. Or la diffusion culturelle passe par des mots, mais aussi par le biais de processus de socialisation, c’est pourquoi l’institutionnalisation de la culture pose un si grand problème.

- Réponse de Jacques Demeulier :

Les risques de l’institutionnalisation ne guettent pas que les associations. On peut mesurer que cette institutionnalisation liée au temps qui passe est un processus historique de l’éducation populaire. L’institutionnalisation peut manipuler ce qui émerge à certains moments, mais pas systématiquement.

- Didier HALLANIK :

Je n’ai pas le sentiment d’être dans une structure institutionnalisée. Certes le champ économique et social produit une richesse économique, mais elle est entreprise différemment, par la manière dont sont développées les entreprises associatives. La richesse crée de l’emploi, et la personne est au centre des préoccupations. Cette question interroge celle de la manière de vivre autrement.

Didier HALLANIK présente les expériences réalisées par Léo Lagrange en région PACA.

A la veille d’élections régionales et européennes, il faut rappeler l’importance du contexte politique dans ma région où sévissent les extrémismes les plus pervers ( 28 % des jeunes ont voté FN aux dernières élections).

A Marseille, depuis 3 ans, un projet artistique est mis en place : « Les Guetteurs ». Ce projet implique des jeunes des quartiers Nord de Marseille, autour d’une artiste et d’un sculpteur sur une plage. Le but de ce projet est d’exprimer une parole autour de galets ramassés. Petit à petit une œuvre s’est fabriquée, et d’une parole au départ tournée vers la ville, vers leur quartier, on est passé à une parole tournée vers l’autre rive. Ces paroles ont fait l’objets de récits, régulièrement mis à la disposition du public.

Un autre projet est présenté. Dans un quartier de Toulon, des jeunes ont réagi par rapport à un événement douloureux, la perte de jeunes amis mort du SIDA. Ils ont monté un film sur ce sujet. Une autre expérience a été réalisée avec le centre national de danse de Château Vallon. Les jeunes expriment leurs contestations à l’égard de l’extrême droite. Leur expression passe par des modes artistiques choisis. Les jeunes ont envie de partager leurs souffrances face au danger de reproduire un 21 avril 2002 lors des élections régionales. Alors institutionnalisation, ou pas institutionnalisation, je suis extrêmement fier de travailler avec les jeunes. "L’Homme devient les rêves qu’il fait", et les rêves de ces jeunes me donnent envie de vivre le monde de demain.

Christian MAUREL, délégué régional FRMJC Méditerrannée :

Je souhaite revenir sur les notions de transformation et de représentations sociales. La transformation sociale et politique est différente de la notion de transformation de société, qui est ce que nous vivons au quotidien. La transformation sociale est une posture d’acteurs passant à l’offensive sociale pour transformer le monde. Pour autant, toute action culturelle est- elle un outil pour une transformation sociale ? Non malheureusement, car il ne faut pas oublier que le nazisme aussi produisait une action culturelle à destination des jeunes. L’action culturelle peut en effet aussi manipuler, contraindre les gens.

Quelles actions culturelles deviennent des outils de transformations sociale et politique ? Cela ne se limite-il- pas à des identités culturelles, même si cela se développe dans l’inter culturalité? Il ne s’agit pas seulement d’œuvres d’art, souvent issues de classes et des cultures dominantes.

Il s’agit d’un rapport social, c’est un rapport au monde, qui devient un outil de transformation sociale.

Trois exemples sont développés.

Au début des années 1990, à Avignon, des jeunes en grande difficulté d’intégration, soutenus par des associations, ont monté une exposition sur le vécu des jeunes, avec l’écriture de scénarios, puis une création a été jouée au Festival d’Avignon.

En 2000, la Compagnie Tractions Avant a monté un travail dans le but de permettre à des jeunes de faire trace de leurs corps dans une ville pour l’avenir, par la danse. Un spectacle le Hip H’Opéra a donc été créé avec des danseurs, musiciens, et vidéos.

A Manosque, un travail " Je, moi et la ville" a permis aux jeunes de photographier autre chose que les images pittoresques de leur ville.

De ces expériences, l’on tire des expériences. Ce qui s’en trouve transformé, ce sont les pratiques artistiques, le rapport à la réalité, le rapport entre centre ville et quartier. L’on sort du schéma classique du développement culturel ou l’on ouvre le rideau, l’on joue et l’on repart. La conception, la création, et l’offre à un public transforment ces jeunes en acteurs. Ils sont mis en situation d’auteurs acteurs, acteurs de la transformation sociale dans leur rapport au monde. La directrice de la MJC Martigues dit que ces expériences donnent à voir l’invisible, dire l’indicible, et voir le monde de l’intérieur.

Et les artistes? Il s’agit d’une autre posture, avec un travail avec des gens qui ne sont plus seulement constitutifs du public. Sont-ils instrumentalisés pour l’actions sociale? Sont-ils des travailleurs sociaux ?

Nous avons créé dans notre région un observatoire des pratiques culturelles et artistiques, et on ne parle plus beaucoup de développement culturel, de médiation culturelle : l’on parle de travail de la culture, de culture en travail, et surtout d’opération culturelle. Il faut changer les équilibres, et être sur le chemin de la transformation sociale.

Interventions du public :

- Didier HAECKEL : Je suis d’accord avec les trois quarts des propos du dernier intervenant : la transformation sociale est bien la transformations des rapports de force sociaux. Par contre, si effectivement la culture est un outil pour des groupes sociaux, et que ceux-ci doivent passer par des institutions pour s’exprimer - vous avez cité la DRAC et l’UE - comment vont-ils transformer les rapports sociaux ?

Un projet de création artistique n’est pas un projet de transformations sociale, si c’est un outil de transformation des individus. Vous avez parler d’expériences individuelles enrichissantes : cela pose un problème politique.

Il faut s’écarter des institutions. On n’a pas attendu les MJC pour créer de la culture contestataire. Il ne faut pas oublier qu’à la base la culture populaire existe une culture du peuple par le peuple contre la bourgeoisie. Il faut donc présenter une culture hors institution contre les institutions.

- Pierre Pontey, mouvement des jeunes socialistes:

Les musiciens classiques sont présentés comme faisant partie de la culture dominante, mais tout le monde devrait y avoir accès. L’enjeu est d’être acteur et non consommateur de la culture. Une réappropriation de la culture est à faire, sinon les acteurs culturels seront limités à notre action ici et maintenant sans perspective culturelle émancipatrice. La majorité des jeunes n’ont pas accès aux Codes de la culture dominante dite culture classique, pourtant essentielle. Il faut permettre l’accès à cette culture par la pratique et par l’éducation populaire. Or le lien entre le système éducatif et la culture est mal fait, et doit intégrer cet objectif.

- Corinne BORD du Collectif Ensemble contre la Guerre :

L’Education populaire forme le citoyen acteur de transformation sociale, génère une ouverture de conscience, favorise l’autonomie et l’émancipation. Notre travail avec le collectif d’artistes Irakiens nous démontre que nous avons vraiment besoin d’éclairages pour comprendre le monde.

Nous avons besoin du relais par les réseaux alternatifs, et associatifs. C’est à nous de prendre en tant que citoyen, la bonne distance vis à vis des Institutions qui peuvent nous donner les moyens de réaliser nos projets. Il faut pouvoir se mobiliser, manifester, être là quant il le faut, voter aussi.

L’enjeu est qu’il ne faut pas accepter de bouder la simple désignation de ceux qui vont décider pour nous. En Irak ce processus est en train de se dérouler. Avec le Collectif irakien, l’autonomie, la prise en charge, la conscientisation sont autant d’outils mis à la disposition des Irakiens pour comprendre le monde. L’éducation populaire, c’est donner les envies et les moyens.

- Intervention d’une jeune femme sur l’étude du théâtre à l’école : nombreux sont les témoignages de personnes que Shakespeare et Molières traumatisent. Pour beaucoup de jeunes, l’enseignement de l’art est rébarbatif. Or il faudrait commencer par enseigner des choses proches d’eux avant de partir de la culture classique. L’école doit être le début de cet apprentissage. Elle souligne le travail de l’association La Maison du Peuple à Saint Claude ( Jura ) en la matière.

- Serge Noel - travailleur social à Bruxelles : en Belgique différentes structures participent à des dispositifs de subventions des réseaux associatifs. A cause de cette dépendance aux subventions, ces associations ne sont plus un contre pouvoir, mais un outil de contrôle social au profit des pouvoirs publics. Le contrôle de la culture est effectué par des mécanismes de décision et par des mécanismes d’argent. La mise en concurrence des structures culturelles produit de l’autocensure.

Pour répondre à une question très concrète qui est comment développer les actions culturelles, je me sers d’une expérience. Des jeunes et une équipe montent une exposition photographique sur le quartier. Une soixantaine de photos doivent être exposées, sur la manière dont ces jeunes voient leur ville. Beaucoup de ces photos représentent des grillages et des grilles, derrières lesquels se positionnent les jeunes comme s’ils étaient enfermés. Il n’a pas été possible de l’exposer dans la maison communale, car il a été estimé que cette exposition donnait une vision négative du quartier.

Des mécanismes très concrets peuvent faciliter l’action culturelle : créer des projets de manière très autonome, un mode d’autofinancement. Les jeunes sont très preneurs de ces propositions.

La question sur la culture et les immigrés est primordiale. La transformation sociale par rapport aux immigrés est très importante en matière de pratiques culturelles. C’est l’unique façon pour commencer à communiquer avec le monde hors du quartier.

- Martin, Pologne : il exprime sa volonté d’abolir les structures hiérarchiques et dénonce les relations inégalitaires, ainsi que l’exploitation des volontaires par les professionnels.

- Caroline, étudiante : elle intervient sur le problème de la hiérarchisation au sein des associations. Elle vient d’un village de 200 habitants en Touraine, où un bluesman est venu prendre sa retraite et a monté un atelier de blues. Cet atelier de blues a débouché sur un festival de blues. Tout le monde a participé à son organisation. Les artistes étaient logés chez l’habitant. Les grands-mères faisaient à manger pour tout le monde. Toutes les générations étaient réunies. Cependant, la rémunération différenciée de certaines personnes par rapport à 210 bénévoles a posé problème. Puis d’autres difficultés liées à l’incapacité structurelle d’accueillir tout le public ( jusqu’à 5000 personnes ), la réforme du statut des intermittents, et certains problèmes de sécurité ont tué le festival, dont c’était la dernière édition cette année.

- Aymeric, compositeur de musiques électroniques, souligne que le régime des intermittents va bientôt disparaître au profit d’une Culture étatique. Or ce régime peut être un exemple pour l’Europe et le reste du monde. Il regrette l’absence d’une grande mobilisation pour défendre ce régime.

- Jacques DEMEULIER répond à l’interpellation sur les association et les institutions culturelles qui sont dans l’incapacité en France d’être un contre pouvoir. Il est clair que le risque posé est réel. L’exemple du festival de blues dans le village de Touraine possible à un moment donné pose la question de la structure de support, quant est passée la période d’émergence. Face au passage du temps se pose une autre logique, celle de la pérennisation. Et cela appelle une réponse sociale. Il faut repenser la question de l’association par rapport à la production, l’engagement, et la conscience sociale. Le monde associatif n’a pas le monopole de ces analyses critiques. Il faut se mettre en chemin pour prendre de nouvelles formes. Le combat politique n’est pas gagné en dénonçant le travail des associations. L’examen critique des contradictions est salutaire pour tout le monde. Si les associations résistent et survivent malgré la baisse progressive et forte des subventions, c’est aussi grâce aux produits propres de leur économie sociale et grâce à l’engagement des membres des associations. Ce n’est pas les institutions qu’il faut critiquer, mais il faut réfléchir sur le rapport à l’Etat, ou avec une institution en particulier - celle mise en cause. Il faut remettre en cause l’équation classique, monter un parti pour prendre le pouvoir, et transformer.

- Christian MAUREL : il faut insister sur le « que faire », et le « comment faire ». Il faut réanalyser la domination culturelle et la domination sociale. La culture dominante est la culture de la classe dominante qui légitime les rapports sociaux, en les présentant comme nécessaires, inéluctables, et lorsqu’ils font penser que rien ne doit être changé.

Quant à la relation avec l’Etat, le travail avec l’Etat répond à un schéma classique, de définir du légitime pour l’accès à tous. Les structures culturelles classiques ne cultivent que ceux qui le sont déjà. 80 % des gens n’ont pas accès aux institutions culturelles.

Par où commencer? On commence ailleurs, avec la culture des gens, leurs paroles, leurs identités culturelles, leurs représentations du monde. Selon Bourdieu, un sociologue légitimement engagé est un sociologue qui engage sa recherche. Ainsi un artiste engagé est un artiste qui engage son art, sans l’inféoder à la question sociale. La transformation sociale, c’est quant on se met en chemin.

- Un intervenant de la salle insiste sur la notion d’art spontané. L’on n’a besoin ni d’argent ni de Shakespeare pour créer de l’art. Protester, parler ne coûte rien.

- Didier HAECKEL : se pose la question des actions d’éducation populaire dans les quartiers difficiles, lorsque ces associations sont tenues à 90 % par des notables du quartier qui ne sont pas les représentants des gens de ce quartier. La culture populaire est un instrument de lutte, car est en œuvre un processus de socialisation, identifiant socialement, et permettant de faire valoir ses revendications. Les intervenants parlent de travail autour de la citoyenneté. Si c’était le seul outil de transformation sociale, on le saurait : il existe aussi des outils de production socialisée culturelle.

- Eléna, CNAJEP : elle s’interroge sur ce qui est sous-tendu par « production socialisée culturelle », et sur les outils existants.

- Une personne venant de Belgique : elle souhaite témoigner de son expérience et présente les arts de la scène comme un moyen d’expression politique, un peu comme une thérapie. Dans les quartiers défavorisés, le chômage est croissant et un sentiment d’insécurité se développe. Par leur action culturelle, un groupe d’artistes dont cette personne fait partie, qui reçoit le soutien de la population, et qui est aidé financièrement par les collectivités locales, essaie de changer le cours des choses.

- Marine : Participe à un festival de musique en Bretagne, attirant au début 1000 à 1500 personnes. Puis le festival a pris de l’ampleur, développant d’autres activités, du théâtre, des démonstrations sportives, et de la réflexion sur le monde. Cette expérience illustre que lorsqu’il y a des projets intéressants, les jeunes réagissent et s’investissent. La citoyenneté est un moteur de mobilisation formateur. Un voyage a été organisé au Sénégal pour rénover une école. Des liens très fort se sont créés. Et ce aussi grâce à une Institution publique. Elle souligne que les subventions peuvent être nécessaires à la création de certains projets.

- Brigitte : souhaite la présence aux forums sociaux européens de différents artistes, pour donner une autre image des différentes interventions.

- Une professeur dans un collège du 19ème arrondissement, de 850 élèves avec 40 nationalités différentes, où se pose avec acuité la question du langage et du vivre ensemble. Après avoir reçu une petite enveloppe de la part de l’académie, elle a pu inscrire ses élèves à un atelier sur les Musiques du Monde à la Cité de la Musique, où s’est opéré un véritable petit miracle culturel. Ce projet a été encadré par le professeur de français, le professeur de Musique, et le professeur de dessin. De la 6ème à la 3 ème, 8 années consécutives, des progrès exceptionnels en matière scolaire ont été réalisés pour nombre d’élèves en échec. 75 % des élèves ont réussi leur brevet.

- Didier Hallanick : Oui, dans les quartiers difficiles, c’est un endroit ou il y a de la souffrance, du mal être, du mal de vivre. 5 animateurs ont été agressés, et ont eu des accidents de travail. Non les associations ne sont pas notabilisées, car là ou le Service public a disparu, les associations sont restées. Les associations continuent à remplir leurs missions d’éducation populaire, compliquées car cela interroge notre rapport au vivre ensemble. Il a conscience que l’on peut changer les choses, et que l’on peut remettre de l’égalité même dans les quartiers difficiles. Sur le travail des coordinations d’associations , il insiste sur le rôle de ces coordinations qui rassemblent et permettent de parler d’une seule et même voix pour parler avec l’Etat et ses représentants. A la veille des élections régionales, elles ont demandé au Conseil régional une convention pluriannuelle de travail, afin de mettre en œuvre un débat politique majeur, et en être les témoins.

- Christian MAUREL : Il relève que les témoignages apportés furent divers et très enrichissant. Il faut savoir créer des alliances ,y compris avec les institutions de l’Etat , qui peuvent être des alliées possibles et qu’il ne faut pas oublier. Exister dans la Cité c’est être citoyen.






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