FSE/ESF Forum social européen/European Social Forum - Israël - Palestine : les deux sociétés civiles face au conflit
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Israël - Palestine : les deux sociétés civiles face au conflit [fr]
21 January 2004

 

Nous souhaitons rappeler que tous ceux qui sont ici se reconnaissent dans le même camp : celui du droit. Notre but, en nous réunissant, est d’apprendre à mieux nous connaître pour poursuivre encore mieux notre lutte commune.

Parler des résistances, c’est à la fois aborder la résistance de toute la société civile palestinienne contre l’occupation, mais aussi la résistance au sein de la société civile israélienne, en solidarité avec le peuple palestinien.

Comme l’a dit le poète René Char, « notre héritage nous est livré sans mode d’emploi... ». Les personnes que nous avons réunies ici ont donné pour sens à cet héritage la résistance.

C’est dans cet esprit que nous saluons les représentants de ces deux sociétés civiles, représentants différents, mais qui partage un héritage commun et un destin lié.

Une société civile israélienne figée dans l’occupation, une société civile palestinienne dans la dynamique de sa résistance

- Jeff Halper, coordinateur de l’ICAHD (Israeli Committee Against House Démolitions : Comité Israélien Contre la destruction des maisons), présente tout d’abord sa propre vision de la société civile israélienne. Selon lui, celle-ci ne se situe pas dans un rapport de société à société, contrairement à ce que l’on veut nous faire croire.

Il n’y a pas deux parties en conflit, mais une seule, tout comme il n’y a pas, du côté de la perception israélienne, un conflit mais un processus pour récupérer tout le pays, de la Méditerranée au Jourdain. Ainsi, Israël ne reconnaît pas le droit des Palestiniens à l’autodétermination, tout comme il n’intègre pas les Palestiniens d’Israël dans la discussion politique.

Cette dissymétrie empêche toute négociation de paix. C’est-à-dire qu’à Oslo, il ne s’agissait pas de négocier la paix contre les territoires, mais bien de céder aux Palestiniens ce que les Israéliens considéraient comme un privilège.

- Tamir Sorek, membre du « Courage de Refuser », groupe de 500 réservistes objecteurs de conscience des Unités combattantes israéliennes, souhaite apporter une autre vision de la société civile israélienne. Selon lui, celle-ci n’est pas figée. Dans les années 90, elle a été témoin d’un réel changement et d’une critique profonde du sionisme.

La seconde Intifada a malheureusement changé cette tendance et a ramené les Israéliens à leurs anciennes positions. C’est justement en connaissant cette capacité à changer que les mouvements contre l’occupation agissent. Leur objectif est de mobiliser la société israélienne.

- Raji Sourani, directeur du PCHR (Palestinian Center for Human Rights), rejoint cette idée en expliquant que tout le processus de paix n’a servi qu’à instaurer un système d’apartheid et à légitimer une politique de faits accomplis, en violation complète du droit international et des droits de l’Homme. Il ajoute que la bande de Gaza constitue aujourd’hui une grande prison divisée en trois, où les enfants, les travailleurs, les familles mettent trois à six jours pour aller du nord au sud de ce territoire de seulement 365 km2. Et 80 % de la population palestinienne vit en dessous du seuil de pauvreté.

L’Holocauste a constitué la violation maximale des droits de l’Homme. Mais comme l’ont dit les juifs aux nazis, les Palestiniens, eux aussi, pardonneront mais n’oublieront pas. Et pour que ce pardon soit possible, il faut avant tout qu’Israël reconnaisse la 4e convention de Genève, qu’Israël applique les droits de l’Homme et le droit international.Un autre comportement qu’il faut dénoncer, selon Jeff Halper, est celle de la victimisation des Israéliens.

Puisqu’ils se voient toujours comme victimes, ils ne se sentent jamais coupables et donc jamais responsables. Ils justifient et admettent l’occupation des Territoires palestiniens par la nécessité de se défendre pour ne pas être à nouveau les victimes. En conclusion, les Israéliens ne veulent pas la paix avec les Palestiniens, ils veulent vivre en paix et ils se fichent des Palestiniens ou de la question de leur intégration régionale, se voyant comme l’île de Singapour et ne voulant pas s’intégrer au Moyen-Orient.

Deux sociétés civiles victimes de l’occupation

- Mustapha Barghouti, directeur de l’UPMRC (Union of Palestinian Medical Relief), cite à ce propos une discussion avec Daniel Barenboïm, pianiste israélien, qui est venu donner un concert à Ramallah. Quand Mustapha Barghouti lui a demandé pourquoi il n’y avait pas de prise de conscience en Israël, Danien Barenboïm a répondu qu’il était très difficile, pour les juifs, d’arriver à se dire : nous avons été tellement longtemps des victimes qu’il est dur de reconnaître que nous sommes devenus des oppresseurs. Cet exemple pour montrer que dans ce cas, il n’y a pas deux camps, mais bien deux sociétés civiles victimes d’une même politique d’occupation.

- Peretz Kidron du mouvement israélien d’objection « Yesh Gvul » (« Il y a une limite ou une frontière » conteste cette vision des choses. Il rappelle qu’il est le survivant d’une famille décimée par l’holocauste et que son engagement tout au long de sa vie, témoigne au contraire d’une fidélité à l’héritage des victimes de l’holocauste.

·Mustapha Barghouti répond qu’il est temps pour la société civile israélienne de se réveiller et de tout faire pour mettre fin à l’occupation qui dure depuis 36 ans. Il est temps que cette société entende que les Palestiniens s’excusent pour les 900 morts israéliens, mais qu’ils ne sont pas coupables et qu’ils ont, comme tout peuple, le droit à la justice, à la liberté et à la dignité.

La société civile palestinienne poursuit aujourd’hui sa lutte de libération national. Comme l’Algérie s’est libérée de l’occupation française en 1962, le Vietnam de l’occupation américaine dans les années 70, la Palestine doit poursuivre sa résistance, qui est une résistance légitime contre l’occupation.

- Selon Rana Nashashibi, du Palestinian Counselling Center, la vie des Palestiniens se résume à leur résistance et que parce qu’ils ont enduré bien des souffrances, ils doivent tout faire pour construire un monde meilleur. Les Palestiniens qui sont venus ici pour témoigner ont donc toute leur place dans la mesure où le Forum social a été créé pour être l’objection à ce qui se passe dans le monde.

Peretz Kidron, du mouvement Yesh Gvul, soutient ce message et explique que son mouvement reconnaît le droit des Palestiniens à résister contre l’occupation-car elle constitue une agression permanente-et à utiliser les moyens reconnus par le droit international. Il explique qu’en luttant ensemble contre l’occupation, Israéliens et Palestiniens le font pour l’intérêt des deux sociétés et qu’ils ne peuvent en aucun cas être accusés d’antisémitisme.

Tout comme Mustapha Barghouti a fait le rapprochement avec les luttes de libération nationale algérienne et vietnamienne, Pertez Kidron explique qu’à la différence de celles-ci, Israéliens et Palestiniens sont voisins et seront toujours liés l’un à l’autre. Cependant, il ne considère pas les attentats contre des civils comme un moyen légitime et contraste que ces attentats nuisent à la lutte interne qui, au sein de la société israélienne, vise à mettre fin à l’occupation.

·Pour conclure, Mustapha Barghouti explique que l’Etat d’Israël ne pourra jamais constituer une démocratie s’il poursuit sa politique d’apartheid et qu’il deviendra une démocratie le jour où la Palestine sera libérée. Or, la situation actuelle est extrêmement dangereuse dans les Territoires palestiniens occupés, dans la mesure où il s’agit d’un mélange entre occupation, colonisation, construction du mur et poursuite de la politique d’apartheid.

Toute la dynamique très forte qui était orientée vers la construction de la paix et de deux états a été détruite. L Et le silence des gouvernements face à l’impunité dont jouit la politique israélienne ne fait qu’accroître le malaise.

Israël est aujourd’hui face à un dilemme paradoxal : s’il veut être un Etat juif et démocratique, il doit mettre fin à l’occupation des Territoires palestiniens ; s’il veut être une démocratie tout en maintenant l’occupation, alors il sera un Etat, mais non un Etat juif ; enfin, s’il veut être un Etat juif tout en maintenant l’occupation, il devient un Etat d’apartheid.

·Les mots sont posés, l’échéance est claire : les deux sociétés civiles doivent se mobiliser et lutter contre l’occupation, tout en obligeant ensuite les deux Etats à reconnaître l’égalité des peuples et de leurs droits et à respecter la liberté, la justice et la démocratie.

Quelles résistances au sein des deux sociétés civiles ?

·Pour Jeff Halper, il y a différentes tendances au sein de la gauche en Israël : ceux qui prennent les devants, qui condamnent l’occupation et la politique israélienne, appartiennent aux mouvements de la gauche critique, c’est-à-dire Gush Shalom, Taayush, l’Icahd. Ils offrent au reste de la société civile israélienne une alternative de dépassement du sionisme.

De fait, plusieurs d’entre eux sont présents à cette table et sont justement là pour montrer que non, toute la société civile israélienne n’est pas refermée sur elle-même : elle agit pour maintenir les liens avec les Palestiniens et pour faire grandir cette résistance.

·Peretz Kidron, qui fait partie de la première vague d’objection de conscience en Israël qui a commencé pendant la guerre du Liban et s’est poursuivie par le refus de servir dans les Territoires palestiniens, raconte que, lors d’une journée de protestation, ces mouvements ont manifesté devant la prison où étaient incarcérés des objecteurs israéliens, puis, un peu plus loin, dans un village palestinien coupé de ses terres pour manifester la solidarité avec les Palestiniens.

Le mouvement du refus a donc cette capacité à être au centre de la contestation contre l’occupation. Il a joué un rôle majeur pour mettre un terme à la guerre du Liban. L’occupation entraîne une situation catastrophique pour les deux peuples. L’objection est donc une forme de résistance légitime : le refus n’est pas une déresponsabilisation ; C’est un choix qui se paie très cher dans la société israélienne. L’objection est donc au contraire une prise de responsabilité sociale et morale très forte.

Celui qui décide de dire non à l’armée et à l’occupation est politiquement, légalement et moralement responsable face à l’histoire. Le refus doit permettre d’éduquer la population israélienne et plus directement de montrer aux jeunes qui sont dans l’armée qu’il existe des alternatives. Il vise également à faire réagir l’armée devant l’impasse dans laquelle elle est.

Tamir Sorek complète en disant que ce rôle d’éducation peut être amplifié si le mouvement du refus et les mouvements de la société civile israélienne s’impliquent ensemble. Le mouvement du refus seul ne peut pas changer la politique, même si le nombre de jeunes qui refusent augmente constamment ; Il doit être appuyé par un engagement clair des organisations palestiniennes, qui doivent en premier lieu condamner certains actes, - les attentats contre des civils- qui ne peuvent être qualifiés de résistance.

·Puisqu’il s’agit d’impliquer les Palestiniens dans cette dynamique, Rana Nashashibi confirme qu’à côté de la culture du refus côté israélien, une culture de paix doit se renforcer côté palestinien. Cette culture existe déjà, elle est encore plus essentielle après des massacres comme ceux de Jénine en 2002. Rana explique que son centre de santé mentale a progressivement réussi à travailler avec la population qui a vécu les massacres qui s’est montrée sensible aux messages de paix, mais uniquement à partir du moment où elle s’est sentie en sécurité. Cette culture de paix pourra totalement s’épanouir côté palestinien lorsqu’un terme sera mis à l’occupation.

Tamar Pelleg, avocate israélienne qui travaille pour le centre Hamoked, intervient de la salle. Elle explique que son travail, qui consiste à défendre des Palestiniens devant le système juridique israélien, demande beaucoup de « déconsidération » de soi et que c’est déjà un acte de résistance. L’occupation n’est pas un concept mais une expérience quotidienne aussi pour ces Israéliens, qui soutiennent quotidiennement ceux qui la vivent.

Enfin, Mustapha Barghouti propose un « cadre de résistance » pour les Israéliens et les Palestiniens, qui doit également être soutenu par les mouvements alter mondialistes en Europe. Ce mouvement repose sur trois conditions :

  • L’instauration d’une démocratie dans les Territoires palestiniens, où la population exerce son droit d’élection, dispose d’un Parlement et ne se laisse pas imposer des accords.
  • La présence internationale, qui permet de combler le déséquilibre entre le pouvoir de l’Etat d’Israël et l’autorité palestinienne.
  • Une égalité entre Israéliens et Palestiniens, à partir du moment où ces derniers sont considérés comme des partenaires, avec la même liberté, la même dignité.

- Yasser Akawi, de l’Alternative Information Center, ajoute que tous ces efforts seront concluants si, et seulement si, une stratégie unifiée se met en place à deux niveaux : respectivement entre les Palestiniens et les Israéliens eux-mêmes, puis entre Palestiniens et Israéliens.

Quels appels sont lancés au mouvement alter mondialiste qui se mobilise, en Europe, pour une autre politique et une autre implication européenne au Moyen-Orient ?

Tout d’abord, Jeff Halper pense qu’il faut aborder la question israélo-palestinienne sous l’angle de toutes les sociétés civiles du Moyen-Orient. Elles doivent toutes se sentir responsables et organiser ce genre de forum. Cela est d’autant plus fort que ce conflit a des implications pour le monde entier.

Raji Sourani rappelle une idée générale, mais qui se pose avec encore plus d’acuité, celle de notre responsabilité à nous, sociétés civiles européennes, qui consiste à briser la conspiration du silence de nos gouvernements. De Durban à Porto Alegre et de Paris à Mumbaï, l’ensemble du mouvement alter mondialiste doit aller jusqu’au bout et faire pression pour obtenir la fin de l’occupation, l’application du droit international et de la quatrième convention de Genève.

Jeff Halper reprend cette même idée et explique qu’il ne s’agit pas de renvoyer les responsabilités sur les sociétés civiles européennes, mais qu’elles peuvent fortement influencer l’émergence de la paix en Israël et obliger ainsi l’Etat d’Israël à faire ce qu’il ne ferait pas de lui-même.

Mustapha Barghouti rappelle que si les sociétés civiles du monde entier soutiennent déjà les Palestiniens et l’application du droit international en Israël et dans les Territoires palestiniens, le vrai soutien ne peut venir que des Israéliens. Les vrais héros d’aujourd’hui, ce sont ceux qui refusent, mais ils ne doivent pas rester minoritaires.

Tous les intervenants en appellent ainsi aux sociétés civiles européennes pour qu’elles poursuivent leurs actions en direction de leurs gouvernements et qu’elles soutiennent le mouvement de libération national palestinien et le mouvement israélien contre l’occupation des territoires palestiniens...

- Ala Jaradat, de l’organisation Addameer, en appelle finalement à un changement révolutionnaire fondamental en Israël. Les deux sociétés civiles, palestinienne et israélienne, doivent apporter ce changement, et elles seront d’autant plus fortes si nous les rejoignons : allons en Palestine en décembre 2003, en avril 2004, pour mettre un terme à l’occupation, pour abattre le mur !






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