FSE/ESF Forum social européen/European Social Forum - Réinventer l’éducation populaire : quel pouvoir, quelle liberté et quelles procédures pour une vie associative de transformation sociale ?
[FSE/ESF Forum social européen/European Social Forum]
Back to the frontpage
MALMÖ 2008 | ATHENA 2006 | LONDON 2004 | PARIS 2003 | FIRENZE 2002
FSE-ESF - Menu
Prep Process (EPA-AEP)
About ESF 2012
About Istanbul 2010
About Malmö 2008
About Athens 2006
About London 2004
About Paris 2003
About Firenze 2002

Europe on the move
European Conferences/Manifestations
Analysis/ statements for a better world

Social Forums in the World
World Social Forum
Southern Africa Social Forum (SASF)
South Asia Social Forum (SASF)
Mesopotamia Social Forum

European Social Forum Networks
Correos de los movimientos sociales
Public services
Charter // another Europe
Education

Memoria Viva
Tools and contents
Athens 2006 Reports
London 2004 Reports
Paris 2003 Reports
Other docs Paris 2003
Social Movements

FSE-ESF [ACCESS WORKSPACE]
NEW WORKSPACE
OPEN ESF HOMEPAGE

FSE-ESF [MAILING LIST]
ESF-FSE LISTS
- EUROPEAN LIST (fse-esf)
- FRENCH LIST (CIFs)
- ALL THE LISTS

FSE-ESF [SEARCH]
SEARCH IN THE SITE
ADVANCED RESEARCH
 
Memoria Viva // Paris 2003 Reports // Against merchandising processes //

Réinventer l’éducation populaire : quel pouvoir, quelle liberté et quelles procédures pour une vie associative de transformation sociale ? [fr]
23 January 2004

Une association d’éducation populaire est-elle anti-capitaliste ? Propose-t-elle au citoyen de se construire comme sujet politique, de recevoir une formation, une information, une éducation politique, comprenant des idées, des analyses, des partis pris sur la société ? Femmes et hommes de gauche sommes tous confrontés à la pénibilité du deuil de l’idéal selon lequel les citoyens les mieux formés, éduqués, instruits, cultivés… contribuent à élaborer une société plus juste.



 

PRESENTATION

Femmes et hommes de gauche sommes tous confrontés à la pénibilité du deuil de l’idéal selon lequel les citoyens les mieux formés, éduqués, instruits, cultivés... contribuent à élaborer une société plus juste. Depuis les chocs pétroliers, arrondissons au milieu des années 70, il n’y a plus de rapport entre le niveau d’éducation des personnes et l’idéal de réduction des inégalités. Les discours, les lois et les pratiques, certes innovantes dans une société du plein emploi, sont aujourd’hui globalement en échec.

Que personne ne fasse plus semblant de ne pas le savoir car tout citoyen le sait. 53% des chômeurs ne sont pas allés voter le 21 avril 2002, et parmi ceux qui sont allés voter, il y a fort à parier que nombreux étaient en colère... 90% des 19/24 ans seraient sous le seuil de pauvreté sans l’assistance de leurs parents... qui a dit que l’ascenseur n’est pas en panne ? Sur la dimension internationale, essayons d’avoir l’honnêteté intellectuelle d’affirmer que le seul projet acceptable si l’on veut traverser les frontières pour faire quelque chose dans des pays du Sud, c’est de faire un échange politique.

C’est à dire précisément aller rencontrer un discours idéologique, et non pas de faire semblant de ne pas faire de politique, en se racontant qu’on n’est pas dans le discours ni dans l’idéologique parce qu’on est dans l’action.On ne peut aider les autres qu’au miroir de ce que l’on est et ce que l’on fait dans son propre pays...Les effets de perturbation et de transformation recherchés sont multiples : ils touchent à l’individuel, aux pratiques collectives, aux relations inter-institutionnelles et politiques.

Ils déstabilisent, avec des tensions repérables, une politique locale, nationale ou européenne, essentiellement appuyée sur l’offre de services à la population, qu’ils soient administratifs, sociaux ou culturels.

Partir du principe que l’éducation populaire n’a de sens que dans la pratique de la démocratie, c’est à dire par les procédures à l’œuvre et non par des valeurs, si nobles et généreuses soient elles. Travailler sur le langage, c’est à dire tenter de ne plus utiliser les termes (donc les objectifs) du capitalisme.

Assumer un rôle d’éducation politique. Donner au témoignage social des personnes un statut d’analyse politique. Considérer que la transformation sociale et politique désigne la posture d’acteurs sociaux engagés individuellement ou collectivement dans la transformation de la société et la construction d’autres rapports sociaux et politiques entre les hommes. Le recours à la transformation est essentiel, car il s’oppose précisément à une vision du social toujours envisagé en terme de réparation. Comment assumer que la transformation sociale consiste à contrarier les logiques inégalitaires ?*

Poursuivre à un niveau international l’Offre Publique de Réflexion sur l’Education Populaire que l’on pourrait rebaptiser « Education Politique »Creuser les concepts d’émancipation, de pratique émancipatrice, de transformation sociale. Eclaircir l’articulation entre les processus d’émancipation individuelle et collective, leurs pédagogies, et les processus de transformation sociale.


Présentation des enjeux abordés

Depuis les chocs pétroliers, arrondissons au milieu des années 70, il n’y a plus de rapport entre le niveau d’éducation des personnes et l’idéal de réduction des inégalités. Les discours, les lois et les pratiques, certes innovantes dans une société du plein emploi, sont aujourd’hui globalement en échec. Que personne ne fasse plus semblant de ne pas le savoir car tout citoyen le sait. 53% des chômeurs ne sont pas allés voter le 21 avril 2002, et parmi ceux qui sont allés voter, il y a fort à parier que nombreux étaient en colère… 90% des 19/24 ans seraient sous le seuil de pauvreté sans l’assistance de leurs parents… qui a dit que l’ascenseur n’est pas en panne ?

Sur la dimension internationale, essayons d’avoir l’honnêteté intellectuelle d’affirmer que le seul projet acceptable, si l’on veut traverser les frontières pour faire quelque chose dans des pays du Sud, c’est de faire un échange politique. C’est à dire précisément aller rencontrer un discours idéologique, et non pas faire semblant de ne pas faire de politique, en se racontant qu’on n’est pas dans le discours ni dans l’idéologique parce qu’on est dans l’action.On ne peut aider les autres qu’au miroir de ce que l’on est et de ce que l’on fait dans son propre pays…

Les effets de perturbation et de transformation recherchés à travers ce séminaire sont multiples : ils touchent à l’individuel, aux pratiques collectives, aux relations inter-institutionnelles et politiques. Ils déstabilisent, avec des tensions repérables, une politique locale, nationale ou européenne, essentiellement appuyée sur l’offre de services à la population, qu’ils soient administratifs, sociaux ou culturels. Partir du principe que l’éducation populaire n’a de sens que dans la pratique de la démocratie, c’est à dire par les procédures à l’œuvre et non par des valeurs, si nobles et généreuses soient elles !

Plutôt que de parler des valeurs qui nous rassemblent, (démocratie, laïcité, égalité, citoyenneté) mais qui veulent dire tout et rien, parlons des procédures qui nous amènent à incarner ces valeurs et à nous battre pour elles. Aujourd’hui, s’agissant d’éducation populaire, un cycle se termine, mais les gens n’ont jamais eu autant soif de comprendre la société. Une action de transformation sociale ne peut s’envisager sans une critique de notre propre action. Qui ose organiser la critique aujourd’hui ? Ne sommes nous pas tous dans la pacification des rapports sociaux ?

Lamartine Silva appartient à l’éducation populaire, en tant qu’artiste-activiste, par son investissement dans un mouvement où le hip-hop est au cœur de l’action. Pour lui, l’enseignement doit partir des bidons-villes parce que Piaget ne fonctionne pas. Les jeunes fuient leur réalité, il faut donc leur apprendre à chanter et les éduquer en même temps. Mais au sens d’une éducation critique qui leur permet de faire la différence entre l’histoire officielle et la mémoire collective, par exemple au sujet de la place des noirs au Brésil. On ne fait pas d’éducation sans faire de politique.

Lamartine Silva nous a dit qu’il n’y avait au Brésil que 2% d’enfants noirs à l’université. Il n’y a en France que 2% d’enfants d’ouvriers qui parviennent à sortir de l’université française avec un diplôme. Dans cette belle démocratie riche et occidentale qu’est la France, les étudiants interrogés pensent qu’il n’y a que 5% d’ouvriers en France quand les statistiques en comptent 30%. Les démocraties savent aussi rendre invisible la classe ouvrière. Raison de plus pour repenser les conditions de l’éducation politique et de ne pas la confondre avec l’instruction ou la culture. Démocratiser des savoirs ne donne pas une conscience politique. Sans quoi Auschwitz n’aurait jamais existé dans l’Allemagne cultivée.

Lamartine Silva parle bien d’éducation critique, et pas d’éducation bourgeoise. Les difficultés que nous avons rencontrées nous permettent de comprendre ce qu’est une société faussement démocratique. Elles dessinent aussi le programme de l’éducation populaire, comme éducation politique permettant aux sujets politiques de comprendre les mécanismes de domination dans lesquels ils se trouvent.

La notion francophone « d’éducation populaire », en dehors de la Belgique ou du Québec où elle est restée politiquement très vivace, et de la France où elle s’est pervertie en animation culturelle, n’a pas d’équivalent en Europe. Au plus près du concept, il s’agit d’une éducation politique qui se construit comme analyse socio-économique du quotidien dans un but d’émancipation et de transformation sociale. Il ne s’agit donc ni « d’éducation informelle », ni « d’éducation réciproque » (« peer education »), ni « d’éducation permanente », ni « d’éducation des adultes ». On pourrait la traduire par « education for change » si ce terme n’avait déjà été traduit (et trahi) sous le label « d’éducation au développement ».

Elle est vivante dans le continent sud américain en tant « qu’émancipation critique », dans la lignée de Paolo Freire. En tant qu’éducation politique elle est totalement perdue en France où elle s’est abîmée dans la pratique de « l’animation socio-culturelle » ou de la « démocratisation culturelle », pratiques non-politiques, non-critiques, non-questionnantes, vaste entreprise de dépolitisation des rapports sociaux au nom de la culture assurant en dernier ressort la suprématie de la bourgeoisie.

Il s’agit de faire semblant de donner de la culture à des gens qui sont supposés ne pas en avoir assez. L’éducation populaire n’est pas révolutionnaire… certains semblent assis à bien garder leur poste et faire perdurer un certain académisme. On apprend même qu’au Brésil, ils seraient passés de l’éducation populaire (haïe dans les favelas) à l’éducation pluri-ethnique…

En France, une ministre communiste a laissé démarrer une « Offre Publique de Réflexion » en 1999, pour montrer que l’idée de la démocratisation culturelle ne marche pas, que c’est un mensonge. Qu’un pouvoir politique invite ses citoyens à réfléchir est déjà assez révolutionnaire : dans une démocratie de représentation, le pouvoir politique passe son temps à faire semblant de donner la parole, en appelant cette parodie de consultation de la «participation ».

En réalité le pouvoir demande des avis sur des décisions déjà prises et dans lesquelles il n’y a qu’une très faible marge de changement. La question mensongère du pouvoir est : « que voulez-vous » ? Mais si l’on pose cette question brutalement à des jeunes, ils répondront qu’ils veulent plus de profs, plus d’école, plus de Baccalauréat. Avant qu’ils puissent dire qu’ils veulent la suppression du baccalauréat parce que c’est un système avait été inventé pour empêcher les enfants d’ouvriers d’aller à l’université, il faut une éducation politique qui prend du temps. Le temps de comprendre que l’on peut désirer autre chose que la domination.

Il a donc été suggéré de faire le contraire : plutôt que de demander aux gens ce qu’ils pensent, en faisant semblant de ne rien penser à priori sous prétexte de neutralité, le conseil scientifique de l’Offre Publique de Réflexion sur l’éducation populaire a exposé son hypothèse sur la domination capitaliste et sa reproduction dans la société civile, et a demandé aux gens ce qu’ils pensaient de cette hypothèse. A ce moment-là, le problème se noue avec le pouvoir politique, qui prétend qu’il y a manipulation.

Ce qui définit le degré de « participation » c’est la quantité de pouvoir qui est donnée à la personne de changer ou de modifier le système sur lequel vous lui demandez de participer. Quand le pouvoir consulte sur une politique (jeunesse, éducation, etc…) les citoyens ont le droit de répondre tout sauf que cette politique est mauvaise et qu’il faut l’arrêter et en changer.

Pire, quel est le statut accordé à la critique, dans cette belle démocratie ?

Les participants à cette Offre Publique de Réflexion ont travaillé sur plusieurs hypothèses :

- Que la vie associative, en France, n’était pas du tout un facteur de démocratie, mais au contraire un facteur de contrôle social, de privatisation des services publics, et le fer de lance du nouveau capitalisme.

- Que l’action culturelle aujourd’hui en France avait pour objectif et pour effet de masquer complètement les rapports sociaux et de créer un faux consensus autour de la question de l’art, en faisant en sorte de parler de tout sauf des 30% d’ouvriers et des rapports réels d’exploitation aujourd’hui.

- Que la décentralisation (moins d’administration nationale) n’était pas un progrès démocratique mais une régression démocratique, et une libéralisation du bien commun et de l’intérêt général.

- Que les dispositifs publics cherchent tous à faire peser sur les individus la responsabilité de leur exclusion du marché du travail, au lieu de s’attaquer aux politiques qui permettent aux entreprises de massacrer le droit du travail.

Le pouvoir politique a mis fin à l’opération en accusant certains membres du conseil scientifique de développer un nouveau catéchisme, de faire du terrorisme intellectuel. On leur a rappelé qu’il fallait entendre les gens sans dévoiler sa propre analyse politique.

Le philosophe Paul Ricœur rappelle qu’une société est démocratique si et seulement si elle se reconnaît traversée par des contradictions (d’intérêt) et si elle se fixe comme modalité d’associer chaque citoyen à part égale dans l’expression, l’analyse, la délibération et l’arbitrage de ces contradictions. On ne peut donc pas résumer la question démocratique à la liberté d’expression, qui n’est que le premier temps du processus démocratique.

Le second temps est bien celui de l’analyse, mais dès que vous voulez amener de l’analyse on vous reproche de faire de la politique et on vous dit que c’est mal. En France on peut inciter des jeunes à s’exprimer à condition qu’il n’y ait pas d’analyse, aucune délibération, et que cela ne change rien. Il reste donc encore beaucoup de chemin à l’éducation populaire pour se transformer en émancipation politique.

L’action internationale, plus connue sous le nom de « solidarité internationale » peut-elle être ce lieu de réapprentissage du politique ? L’international est parmi nous. Lamartine Silva a introduit la question des rapports dominants/dominés et la question des formes de l’émancipation. Ici l’éducation populaire peut se définir comme le travail d’explication sociale des inégalités avec ceux qui les subissent.

Nous assistons à un changement important dans la façon qu’ont de plus en plus de gens de dire : « nous ne déléguons plus le politique, c’est notre affaire ». L’éducation est toujours politique, même quand elle prétend le contraire. Les citoyens sont tenus à l’écart des décisions politiques. Pourtant l’éducation populaire consiste à « exercer la raison des citoyens ». Le problème est que nous sommes tombés dans « l’action pour l’action », c’est-à-dire « l’activisme » au lieu de nous occuper des rapports sociaux.

Le résultat d’une action de solidarité internationale devrait être de renvoyer la France à son propre mal développement et à ses faiblesses. Demandez à vos amis Sénégalais ou Algériens ce qu’ils pensent de la France « patrie des droits de l’homme ».

Un groupe a travaillé pendant trois ans à analyser ses pratiques de l’action de « solidarité internationale » en essayant de dépasser les clichés généreux sur la coopération nord-sud, l’interculturel, ou l’antiracisme. Voici une nouvelle grille non conventionnelle de questionnement :
- Le rapport privé-public
- La dimension économique de nos actions
- Le rapport à l’autre
- Le statut de l’intervention associative (privatisation des services publics)
- L’Europe sociale et démocratique.

De nouvelles orientations et des changements de dispositifs d’échanges internationaux ont été proposés. Actuellement un groupe de recherche action d’une quarantaine de professionnels de différents horizons s’est emparé de ce travail et se pose la question de « quelle éducation au politique, pour quelle émancipation individuelle et collective et quelle transformation sociale ».

Cinq enseignements peuvent être tirés de ce travail :

- Tous les participants se sont rendus compte à quel point ils participaient eux-mêmes à ce système injuste de domination capitaliste. La transformation sociale commence par notre propre transformation.
- Il nous faut définir les termes que l’on utilise.
- Nous devons travailler sur le « comment » de nos procédures, et sur les écarts entre nos discours et valeurs et les vécus réels de chacun d’entre nous, en laissant toute la place à notre sensibilité, trop souvent évacuée.
- C’est libérateur. L’émancipation commence par nous-même : on souffre tout autant à la place de complice du dominant qu’à celle de dominé. Le début consiste à comprendre nos contradictions pour les dépasser.
- Il faut du collectif, il faut de l’international, et il faut négocier de la légitimité à faire ce travail (financement, université, etc.).

Débat / remarques

1)Quels actes pédagogiques concrets peuvent provoquer de l’émancipation ?

2)Quels savoirs sont-ils nécessaires pour cette émancipation ? Quelle exigence de savoirs et de connaissances autres que celles de l’école ?

3)Les « universités du citoyens » peuvent-elles répondre à cette exigence, en développant une capacité d’expertise de tous les exclus du système économique qui n’osent pas prendre la parole. Travail avec les habitants en ateliers permettant de passer d’une parole affective à une parole analysée, d’une problématique personnelle à un fait social, rencontre entre les élus, les habitants et les techniciens.

4)On nous a mis dans des moules gouvernementaux, des dispositifs qui paralysent nos actions. L’urgence est donc d’organiser la protestation, et de demander des comptes aux responsables politiques, de mettre en place des débats gratuits dans les quartiers.

5)L’éducation a à voir avec la liberté et le choix des personnes sur leurs destinées.

6)Peut on imaginer d’autres pratiques militantes que le débat ? d’autres pratiques que la réunion entre déçus de la politique ? Peut on aller à la rencontre directe des gens sur des sujets comme les relations Hommes-Femmes ou France-Afrique ? des gens qui ne sont pas comme nous, qui ne nous ressemblent pas ? des gens de droite, pas sensibilisés aux problèmes du monde ? C’est la même raison qui permet de comprendre pourquoi les gens ne rentrent pas dans les musées.

7)Le recours aux formes de démocratie participative est désormais inéluctable : un forum des autorités locales s’est tenu lors de ce FSE. Il en ressort que les élus délégataires sont désemparés car ils sont incapables aujourd’hui de construire des espaces vivables par la seule délégation.

8)L’idée à changer est l’idée que l’on ne peut rien changer.

Pour faire de la transformation sociale, c’est-à-dire contrarier des logiques inégalitaires, il ne faut pas seulement travailler avec les dominés. Il faut aussi travailler avec les complices : les travailleurs sociaux et culturels qui sont à la fois dans l’émancipation et dans la domestication. Par exemple, les agents des politiques « d’insertion professionnelle » qui savent qu’ils travaillent dans un dispositif radicalement inutile et radicalement mensonger.

Ces politiques consistent depuis trente ans à nous faire croire que si des gens n’ont pas d’emploi c’est de leur faute, parce qu’ils ne savent pas s’y prendre, et pas du tout parce que le patronat a détruit trois millions d’emplois pour augmenter ses profits. Ces politiques consistent à faire peser sur les travailleurs la responsabilité du chômage, et à les convaincre d’accepter des emplois déqualifiés et moins payés que ce à quoi ils pourraient prétendre.

Les agents qui travaillent dans ces dispositifs le savent, mais que fait-on de ce savoir ? Où sont les lieux, les temps, les méthodes, les procédures pour travailler ce savoir en analyse politique et modifier (ou supprimer) le dispositif en question ?

Pour répondre donc à la question : « Quels savoirs sont-ils nécessaires pour cette émancipation ? », nous répondons qu’il s’agit de savoir sociaux utiles pour de l’action collective. Or s’il existe beaucoup de savoirs académiques sur ces questions, (des livres excellents nous expliquent l’échec et le mensonge des politiques d’insertion), il n’existe en revanche aucune procédure pour que des complices et des victimes se rencontrent sur ces questions là pour fabriquer ensemble du savoir politique. Pour que des enseignants et des élèves travaillent le mensonge de la démocratisation des savoirs à l’école, et la réalité de la sélection et de la compétition.

Le rôle de l’éducation populaire pourrait être de recréer de tels endroits où l’on peut travailler les contradictions des politiques publiques, qui ont toujours des motivations généreuses et sont aveugles à leurs contre-effets. Qui essaient d’améliorer le système tout en le reproduisant à l’identique et en s’appliquant à ne rien changer. (Sans quoi il n’y aurait plus de chômage depuis le temps qu’il existe des politiques publiques de lutte contre le chômage).

La difficulté est qu’il est très difficile, dans cette société de compétition et de gagneurs, de parler de sa souffrance, de ses contradictions et de ses échecs professionnels. Ceci interroge le rôle du syndicalisme aujourd’hui.

En 1936, il y a des mouvements sociaux qui sont en articulation avec des théories qui permettent la mise en mouvement. Théories prises en compte par le plus grand nombre avec quelques révolutionnaires. Ils prennent en compte des analyses économiques, le mode de production capitaliste, et l’éducation populaire s’empare de cette connaissance qui nous est interdite d’accès à l’école et édulcorée à l’université.

Cette connaissance est objective et découle des travaux de Marx et Engels entre autre, qui pour la première fois donnent des outils de compréhension de l’économie, de compréhension des modes de rapports sociaux, qui parlent de couches ou de classes spéciales en définissant ce que cela veut dire, pour changer les choses. Ce savoir n’est pas reconnu et passe aujourd’hui pour obsolète. Les mouvements d’éducation populaire étaient ancrés dans l’appropriation et la connaissance commune de cette théorie.

Cette connaissance est porteuse pour la première fois dans l’histoire, de contestation du système dans lequel les hommes vivent, et leur suggère qu’ils peuvent prendre leur histoire en main. Marx nous apprend qu’il y a des intérêts convergents entre différentes classes sociales. Ceci se met à jour par une pratique et une réflexion théorique. Nous vivons la neutralisation, la récupération de l’éducation populaire par les classes moyennes contre les classes populaires, et un état de peur généralisée et infondé. Comment construit-on un mouvement populaire en France ? Seul un mouvement d’éducation populaire est capable de réunir 60.000 personnes pendant trois jours. Aucun parti, aucun syndicat n’en n’est capable.






2 Forum messages

 
article au format texte pour impression Print this article
ORGANISATIONS
- Solidaires Unitaires Démocratiques (SUD) Culture
> All the organisations


SPEAKERS
No key-word for this doc
>> All the speakers


THEMES
- CIVIL SOCIETY
- EDUCATION
>> All the thematics


COUNTRIES/REGIONS
No key-word for this doc
>> All the countries/regions
FSE/ESF Forum social européen/European Social Forum
Website built with SPIP, free-software | Hosted by the RAS, Union and Organization Network | CONTACTS | WEBMASTER | FRONT |ADMIN