Les luttes des salariés et des artistes peuvent offrir un terrain de résistances et de constructions nouvelles. Pour ce faire, il s’agit de mieux lier la critique sociale et la critique culturelle (ou artiste comme ont pu la définir des sociologues) qui convergent toutes deux. Les possibilités d’une telle rencontre existent d’ores et déjà dans l’acte de travail qui est à la source des pratiques professionnelles et artistiques, dans l’attente de la valorisation des personnes et de leur intervention qu’il nécessite, dans l’exigence de responsabilisation et de créativité qu’il porte désormais. Ses dimensions rapprochent le monde de l’entreprise et le monde de la création. Pour autant, la critique politique et la critique artistique doivent, à certains égards, conserver leurs spécificités : par exemple, la lutte des artistes passe aussi par leurs œuvres qui doivent rester dérangeantes pour l’ordre existant. Il faut donc accepter cette différence et cette complémentarité. Cela n’exclut pas l’engagement politique des artistes, bien au contraire.
La relation entre le public et la création pose la question des modes d’appropriation de la culture qu’il faut mettre en œuvre. Dans cette optique, l’activité des comités d’entreprise reste primordiale pour favoriser cette rencontre et offrir un espace collectif de respiration pour les salariés (casser l’atomisation du monde de l’entreprise). Cela suppose de favoriser l’échange et la mutualisation des moyens entre les salariés des entreprises disposant de comité d’entreprise et ceux n’en disposant pas, d’agir dans une plus grande transversalité et en ouverture sur l’espace de la cité.
Les propositions qui peuvent être avancées sont de plusieurs ordres :
1° Prise en compte dans les politiques publiques de l’action culturelle des comités d’entreprise en faveur des salariés et de leurs familles:
Dégager de nouveaux moyens budgétaires publics à l’échelle nationale et européenne ;
Ouvrir la possibilité de partenariats entre équipements culturels publics et les comités d’entreprises ou équivalents.
2° Dégager des moyens dans les entreprises pour favoriser de nouvelles rencontres entre les salariés et les créations artistiques:
Doter les comités d’entreprise ou équivalents de moyens financiers pour l’action culturelle, favoriser le développement de la formation culturelle des salariés, promouvoir la présence de rencontres scientifiques et artistiques dans les entreprises ;
Ouvrir la possibilité de mettre en place des résidences d’auteurs et d’artistes dans les entreprises.
3° De nouveaux droits doivent être promus pour les salariés en matière culturelle :
Promouvoir, à l’échelle nationale et européenne, l’indivisibilité des droits sociaux et culturels pour chaque salarié ;
Droit d’expertise culturelle, droit d’intervention et de contrôle face au mécénat, obligation d’engagement durable ;
Droits et moyens de coopération entre les C E de différentes entreprises, entre les salariés dotés de CE et ceux qui en sont dépourvus.
De profonds bouleversements se sont opérés dans le monde du travail. Les possibilités existent pour qu’il devienne un lieu d’initiative et de responsabilité, d’autonomie et de créativité, un espace de construction de soi et de transformation sociale maîtrisée. Un lieu de libération et non d’aliénation.
Mais sous les coups de boutoirs des politiques néolibérales, le chômage, la précarité et la flexibilité sont devenus le lot du plus grand nombre. Le travail a évolué dans ses formes et ses contenus sans que disparaissent les dominations aliénantes dont les salarié(e) s sont l’objet. Le monde de la culture n’est pas épargné. Les logiques marchandes ont gagné du terrain. Elles mettent en péril les fragiles processus de la création.
La place prise par les produits issus des industries du divertissement est une des plus symptomatique conséquence. Le formatage de l’imaginaire a étendu un peu plus ses ravages. La stérilisation de toute pensée porteuse d’une alternative est devenue plus menaçante.Aujourd’hui, agir pour l’émancipation humaine, en changeant le travail et transformant la société, exige de relever des défis inédits. Chaque femme et chaque homme sont appelés à y tenir un rôle singulier qui s’appuie sur le libre développement de toutes leurs capacités créatrices.
C’est pourquoi la rencontre et le développement de nouveaux échanges créatifs entre le monde du travail, les arts et la culture n’ont jamais été d’une aussi urgente actualité. Il en va de la capacité de la société toute entière à s’inventer un nouvel avenir.Partout en Europe, de par leur histoire et leurs expériences, les collectifs du monde du travail ont vocation à penser à frais nouveaux les termes de cette rencontre. Et dans créer les conditions. Ce peut et doit être une de leur contribution à la construction d’un autre monde.
Prise en compte dans les politiques publiques du soutien à l’essor culturel du monde du travail et de sa créativité :
PROPOSITIONS ALTERNATIVES
Dégager des moyens budgétaires,
Ouvrir la possibilité de partenariats entre équipements culturels publics et les CE. Dégager des moyens dans les entreprises pour favoriser de nouvelles rencontres entre les salariés et les créations artistiques.
Renforcement des moyens financiers, du développement de la formation culturelle, de la présence de rencontres scientifiques et artistiques
Ouvrir la possibilité de mettre en place des résidences d’auteurs et d’artistes.De nouveaux droits doivent être promus pour les salariés en matière culturelle :
Droit d’expertise culturelle, droit d’intervention et de contrôle face au mécénat, obligation d’engagement durable.
Droits et moyens de coopération entre les CE de différentes entreprises, entre les salariés dotés de CE et ceux qui en sont dépourvus.
MISE EN OEUVRE
Les deuxièmes rencontres européennes "travail, culture, syndicalisme" : les 12 et 13 juin 2004, à Lille. Le thème des débats portera sur l’apport des cultures de l’immigration dans la constitution des cultures ouvrières, professionnelles et syndicales.