La séance est ouverte par le Président sur trois constats :
1)L’Europe s’est construite institutionnellement et de façon intergouvernementale. Mais à 25 ce modèle ne tourne plus.
2)L’Europe se fonde sur une vision libérale et concurrentielle.
3)L’Europe se construit contre un pouvoir opposé/opposable à l’hégémonie des Etats-Unis d’Amérique mais participe elle-même d’une volonté de domination.
Pour l’intervenant grec, le projet de constitution résume parfaitement "l’Europe que nous ne voulons pas" et s’il n’est pas "totalitaire", il apparaît "autocratique" ; il estime possible et nécessaire de travailler sur le contenu du processus. Doro Zinke définit l’Europe qu’elle souhaite comme "sociale, durable, démocratique et solidaire".
Elle pointe les contradictions inévitables propres à une telle discussion, par exemple entre droit de grève et droit au transport ; elle se déclare dubitative sur la formule "Europe des citoyens" le Parlement s’étant parfois montré plus libéral que la Commission : « je ne suis pas une "optimiste constitutionnelle" ». Mourad pointe les aspects "forteresse" de la construction actuelle et plaide pour une véritable politique de voisinage avec la Méditerranée, prenant une part active à l’exigence de paix et de résorption des conflits.
Après s’être déclaré "artisan convaincu et décidé" de la construction européenne, Yves Salesse se livre à un réquisitoire en appelant à ne pas "minimiser les critiques au nom de l’urgence de la construction européenne". Il stigmatise l’opacité des processus, facteur de souverainisme, proteste de la vivacité de projets alternatifs existants, et développe quelques axes propositionnels : autres relations avec les pays du sud, droit de vote pour tous les résidents.
Arlette revient sur les étapes qui fondent un processus démocratique pour évaluer la "démocracité" de l’Europe ; face à un déficit réel (pas de véritable majorité, pas d’option majoritaire, pas de gouvernement responsable devant le Parlement), elle interroge le projet de constitution et les pistes ouvertes à l’action. Elle dégage alors une alternative Soit refuser le projet au prétexte qu’il fait la part trop belle aux Etats par exemple, c’est entrer tel quel dans une Europe à 25 ; soit exploiter la possibilité d’investissement du Parlement européen constitue une piste de travail de l’intérieur, pour définir une nouvelle majorité...
Dans la salle, Alain Lipietz s’interroge : faut-il souhaiter une crise de l’Europe en la pensant refondatrice ? Il ne le pense pas : "Si c’est pour aller a un couple franco-allemand potentiellement élargie, ce n’est pas satisfaisant". Il estime qu’il faut engager un processus constituant alternatif mais ne pas voter non car ce serait revenir à Nice c’est-à-dire la pire partie du texte proposé.
Pierre Bauby met en garde contre la tentation de n’accepter de projet européen que débarrassé de ses contradictions alors que par nature, l’Europe est un faisceau de contradictions, irréductible à une contradiction unique. Il met en garde contre les clivages idéologiques : "ce que nous vivons n’est qu’un moment ; s’il y a un référendum, nous devons pouvoir nous retrouver le lendemain même sans avoir voté de la même manière".