FSE/ESF Forum social européen/European Social Forum - Nouvelle militarisation en Amérique latine
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Nouvelle militarisation en Amérique latine [fr]
15 January 2004

Le rôle de l’Europe dans la vente d’armes, la coopération militaire européenne, la notion de "guerre préventive"



 

Depuis 10 ans, on a assisté à la fin de la guerre froide et la disparition de l’URSS, à la fin de la longue nuit des dictatures en Amérique latine, à l’impulsion d’une politique de libéralisation commerciale et de nouveaux processus d’intégration dans le marché mondial. On parle aussi de “ démocratisation ”, de possibilité d’entrée dans “ un monde meilleur ” à la faveur d’accords commerciaux comme la zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) ou ceux passés avec l’Europe.

On observe parallèlement une augmentation vertigineuse des dépenses militaires des pays latino-américains et de la Caraïbe comparées aux dépenses de santé et éducation par exemple.

L’idée de ce séminaire est née de l’initiative d’une 1ère rencontre hémisphérique face à la militarisation en mai dernier à San Cristobal de Las Casas (Chiapas, Mexique) : des organisations populaires de 35 pays étaient représentées, les participants ont réfléchis à comment lutter ensemble contre la militarisation du continent et proposer des actions communes.

Alain Joxe met en exergue qu’avec la fin de la guerre froide émerge une nouvelle ligne directrice pour les Etats-Unis, le néolibéralisme avec une dimension globale. La liberté du commerce et le pouvoir répressif sont associés alors, pour « réguler » la dérégulation (la nécessité de l’ordre étant toujours nécessaire).

C’est la mise en place de l’aboutissement de la Doctrine Monroe (1923), mais avec une reconfiguration du continent latino-américain, toujours considéré comme l’arrière cour des Etats-Unis. Mais aujourd’hui, elle s’accompagne d’une recomposition de l’architecture militaire au service d’un projet économique et stratégique.

Alain Joxe insiste sur le fait que « mondialisation » s’accorde avec « militarisation », en Amérique latine. Il faut maintenir l’ordre pour l’implantation des futures entreprises. Ainsi, l’espace mexicain est, de fait, divisé en deux lignes militarisées. Au Nord, le Río Grande où les marchandises passent mais pas les hommes.

Les travailleurs doivent rester au Sud. Et au Sud, au Canal Seco (Yucatan), qui s’il est mené bien, devrait canaliser la main d’oeuvre d’Amérique centrale. « Au Mexique et en Amérique centrale, le Plan Puebla Panama, l’ALENA, le traité de libre commerce Etats-Unis/ Amérique centrale, la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), rendent fondamental le lien entre sécurité publique et sécurité hémisphérique », comme le souligne Orlando Blanco.

La ZLEA se prépare pour 2005, elle prévoit d’associer 34 pays américains sauf cuba. Elle est considérée par de nombreux mouvements sociaux comme un projet d’annexion et de re-colonisation.

Janette Habel : « Le plus important actuellement en Amérique latine est de mettre à jour les nouvelles menaces et les nouveaux processus. Entre le projet de la ZLEA et la Sécurité Hémisphérique, les liens sont indissolubles ; et cela ne peut pas non plus être dissocié de l’arrivée de l’Union Européenne, comme autre rival global. En effet, la ZLEA est nécessaire aux intérêts américains.

Ce n’est pas un hasard si Miami postule comme capitale de cette zone. Même si l’Amérique Latine a toujours eu une position secondaire et subordonnée dans la compétition internationale, elle est d’un intérêt décisif et majeur (pétrole, eau…). Les Etats-Unis ont un besoin croissant d’importation de pétrole (dans un avenir proche, il est évalué à 65 % selon le Plan énergétique de Bush) - actuellement 53 % de la consommation est importée – d’où l’importance des ressources de l’Equateur, la Colombie, du Mexique et du Venezuela, par leur proximité géographique.

Les conséquences sociales prévisibles de la ZLEA et celles de la décennie écoulée sont dramatiques : crises sociales extrêmement graves, destruction et déstructuration des sociétés, continent en ébullition, (4 présidents renversés en 2 ans en Equateur, Argentine, Bolivie). On constate donc une contradiction majeure entre la mise en place de processus de libération économique et les crises sociales en cours.

La re-militarisation et la redéfinition d’un cadre sécuritaire hémisphérique sont le corollaire de cette politique économique et de ses conséquences sociales. Depuis les attentats de 11 septembre 2001, les menaces asymétriques ou communes ont été redéfinies : menace terroriste, trafic de drogue, flux migratoires, espaces d’in gouvernabilité.

A Mexico en octobre dernier, la 1ère conférence spéciale sur la sécurité hémisphérique, promue par l’OEA, a réuni tous les ministres de la défense de l’Amérique latine (sauf Cuba) : elle a permis de ré énoncer ces menaces censées peser sur le continent, notamment la menace terroriste, et surtout d’entériner la « non définition » de celle-ci, ce qui paraît le plus grave.

La déclaration adoptée au Mexique décline les menaces et les défis à la sécurité comme des défis divers avec une portée multidimensionnelle, multisectorielle, à quoi doit répondre une architecture de sécurité flexible, elle met en exergue que la pauvreté extrême et l’exclusion sociale de larges secteurs de la population affectent la stabilité des Etats, la cohésion sociale et la démocratie. C’est donc un déplacement de l’axe de sécurité : les mobilisations sociales deviennent un objectif possible de leur criminalisation.

On est ainsi en train de mettre en place des dispositifs institutionnels, avec l’OEA, dont l’objectif premier est de lutter non pas contre des menaces extérieures mais contre la subversion intérieure re-qualifiée selon le moment : lutte contre le trafic de drogue, flux migratoires, avec l’invention d’espaces géographiques telle la “ Triple frontière ” destinée à justifier la mise en place du schéma de militarisation.

Le Colonel (en retraite) José Luis Garcia explique qu’une supposée “ implantation de groupes terroristes liés à Al Qaida ” et financée par le terrorisme international, dans la zone de la “ Triple frontière ”, qui unit l’Argentine, le Brésil et le Paraguay, sert aujourd’hui de prétexte aux Etats-Unis pour augmenter leur présence militaire dans la région et la multiplication d’exercices conjoints. Les marines y sont en missions “ humanitaires ” destinées selon eux à montrer à la population autochtone comment lutter contre la dengue ! (« Maladie épidémique tropicale ressemblant à la grippe » Petit Larousse).

Son organisation, le CEMIDA, a enquêté dans cette zone sur militarisée, du fait d’un important transit frontalier. La thèse terroriste n’est absolument pas crédible. Par contre, il est patent qu’entre 200 et 1000 mètres de profondeur, elle renferme l’une des plus grandes réserves d’eau douce du monde, l’aquifère Guarani. Une eau d’une extraordinaire pureté dont la prospection et l’administration ont d’ailleurs été confiées, par les gouvernements brésilien, argentin et paraguayen, à la Banque mondiale.

Braulio Moro rappelle qu’en Colombie, la multinationale Total-Elf-Fina a signé un accord avec l’entreprise colombienne du pétrole pour acquérir la totalité des droits d’exploitation sur la Guadalupe dans la Vallée du Haut Magdalena. Elle a demandé expressément que soit assurée la présence militaire. Une demande similaire a été faite par la multinationale américaine Chevron et l’espagnole REPSOL. Le schéma de militarisation se calque précisément sur les contours des zones d’implantation des multinationales et des zones riches en ressources naturelles.

De la base de Manta en Equateur, plus de 1000 vols de reconnaissance ont été effectués sur la zone amazonienne. Les exercices d’envergure se multiplient sur le continent (Aquilas 3, Cabañas, Nuevos Horizontes, etc.) et plus de 600 exercices combinés ont été réalisés ces dernières années. Il s’agit en conséquence d’instaurer une “ nouvelle gouvernance ” à la faveur du déclin des Etats nationaux, incarnée par l’OEA, et de légaliser peu à peu un droit d’ingérence.

Un réseau politique, économique, militaire et stratégique se met en place, et vise à contrôler la situation sociale du continent pour sécuriser les investissements nord-américains et assurer que la libéralisation commerciale se fasse dans la stabilité sociale. Cela consiste à tenter de multilatéraliser les dispositifs militaires, sous égide américaine avec des exercices conjoints, multiples, et en l’adoption du concept de sécurité hémisphérique, un concept proche de celui de sécurité nationale des Etats-Unis.

Orlando Blanco : « Le déploiement territorial de l’armée a changé dans mon pays, ses structures, son fonctionnement et son budget ont été aussi redéfinis. Avec la dite “ transition démocratique ”, les armées d’Amérique centrale se retrouvent sans hypothèse réelle d’exercice, elles se cherchent de nouvelles occupations. L’hypothèse d’une agression externe n’a jamais existé, combattre l’ennemi interne (les processus révolutionnaires) était la raison d’être des forces armées dans les années 80. Le processus de paix des années 90 aurait dû rendre caduc ce second volet d’intervention.

On peut dès lors s’interroger sur la hausse du budget assigné à l’armée guatémaltèque. » Aujourd’hui celle-ci participe activement au processus accéléré de privatisation de la force publique : conseil aux forces de police, affectation à des tâches de sécurité intérieure avec un rôle de sécurité publique en relation avec la sauvegarde des intérêts des entreprises privées. Les activités de conseil sont menées par des membres actifs ou retraités de l’armée qui exercent aussi une influence importante auprès de l’industrie de l’armement (belge, russe).

Plusieurs nouveaux mécanismes de militarisation sont à l’œuvre avec notamment une stratégie de participation “ citoyenne ” (y compris féminine) aux tâches de sécurité intérieure, ce processus est aussi à l’œuvre en Colombie avec comme l’indique Alain Joxe une militarisation à la fois micro-sociétale et étatique. Il y a une grande variété d’échelle de militarisation.

La Colombie a le triste record de la militarisation dans le sub-continent : 360 000 soldats, 120 000 unités privées sous contrôle de l’Etat, 270 000 policiers militaires, 10 000 paramilitaires et un réseau d’un million d’informateurs anonymes initié par l’actuel président colombien. La Colombie est le 3ème pays après Israël et l’Egypte à recevoir le plus d’aide des Etats-Unis. Du budget national, 35 % est destiné à l’armée et 30 % au service de la dette.

En marge de la politique de sécurité nationale américaine et des conflits de basse intensité, un courant ultra militariste proche de l’extrême droite s’est développé en Colombie, lié aux potentats économiques du pays proches du parti conservateur et du parti libéral, aux organisations patronales des éleveurs et des latifundistes, sous tutelle de l’Ambassade américaine. Ce courant a produit une “ contre révolution préventive ”, à un moment, où les mouvements sociaux civils et armés jouaient un rôle prépondérant dans la vie politique du pays. Il a pour objectif d’exterminer les forces populaires et démocratiques.

La violence politique qui en découle conduit à ce que chaque semaine soient assassinés 2 syndicalistes (plus de 300 en 2002). Un mouvement politique, comme l’Union Patriotica, a été décimé parce qu’il était en faveur d’une solution politique au conflit, et notamment avec les guérillas.

Le Plan Colombie est l’instrument de l’intervention américaine, il est discuté et voté au Congrès. Il a été approuvé sous prétexte de la lutte contre la drogue, au moment où commençait un dialogue entre le Président Pastrana et les FARC. Outre son volet militaire (80 % du budget), il comporte aussi un volet de fumigations et un volet social. Ce dernier est financé par l’Union européenne et la Suisse.

Le rôle de l’union europèenne dans ce processus

On relève un double discours et une double morale. D’un côté, l’Union européenne se dit solidaire du combat contre la pauvreté, l’exclusion, la discrimination et en faveur de la promotion du développement, ce qui s’est concrétisé dans la coopération qui est venue accompagner le processus de démocratisation en Amérique Centrale. De l’autre côté, on a une Europe libérale qui sa participation dans les organismes multilatéraux de financement joue un rôle similaire à celui des usuriers états-uniens.

L’Europe a abandonné l’Amérique latine notamment à travers la coopération. Les Etats-Unis ont pu, avec d’autant plus de libertés, développer leur stratégie expansionniste. En 2001, 25 % des armes achetées par l’Amérique latine provenaient de l’Union européenne selon les chiffres du congrès américain.

L’Espagne avec le gouvernement Aznar joue un rôle prépondérant dans la déstabilisation de Cuba et de la Colombie. Le concept états-unien de guerre préventive a été adopté par José Aznar et Tony Blair qui participent directement à l’aide militaire du Plan Colombie, par la vente d’armes et le conseil militaire. L’Espagne et la Colombie ont aussi signé un accord de coopération contre le terrorisme.

L’Union européenne contribue, de plus en plus activement, au Plan Colombie. A cet égard, on notera que le “ Réseau de solidarité sociale ” financé par la Mesa de donantes à laquelle l’Union européenne participe, est aujourd’hui directement sous contrôle du Plan Colombie via l’Agence de coopération internationale colombienne qui y est rattaché.

Cette aide au volet social vient légitimer le plan militaire et les fumigations depuis plusieurs années, mais un pas supplémentaire a été franchi avec le “ Réseau de solidarité sociale ” auquel participent plusieurs ONG. Ce programme a pour vocation d’assister ceux qui quittent les armes (insurgés ou paramilitaires), mais il arrive dans un contexte de négociations entre les paramilitaires et le gouvernement Uribe et d’escalade de répression contre les mouvements sociaux. Il vient légaliser l’impunité des paramilitaires mais aussi assurer leur réinsertion sociale sur des deniers européens.

Interventions de la salle

L’Europe devrait au contraire jouer un rôle positif et d’appui démocratique.

Une militante de France Cuba (Poitoux, France) s’inquiète de la militarisation du continent et du concept de guerre préventive contre les Etats voyous. Contre l’expérience de Cuba elle indique que les plans d’interventions sont prêts au cas où la déstabilisation politique ne fonctionnerait pas comme le veulent les Etats-Unis.

Omar Vilchez (Nicaragua) déplore que l’armée sandiniste, qui a une autre histoire que les autres armées de la région, née de la révolution populaire sandiniste, ne joue pas un autre rôle que celui de se prêter aux manœuvres dictées par les Etats-Unis. Il pense que les luttes populaires vont nécessiter l’appui d’armées levées par la gauche pour freiner les plans d’intervention américaine, il se réfère au Venezuela de Chavez et dans une moindre mesure au Brésil de Lula et à l’Equateur de Gutierrez.

L’Europe pourrait soutenir par la coopération, pas l’Europe actuelle, mais une Europe des forces de gauche.






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