Objectifs :
Informer sur la situation des femmes dans les Grands Lacs : vulnérabilité et dynamique féminine.
Adopter un texte de recommandations, voire d’interpellations.
Mathilde MUHINDO, Centre OLAME de Bukavu (RDC), organisation partenaire du Secours Catholique, et députée de l’Assemblée Nationale de transition.
Rose MUKANTABANA : Secrétaire exécutive d’HAGURUKA, association rwandaise pour la promotion de la femme et de l’enfant, organisation partenaire du CCFD.
Abbé Dominique KAHANGA : Secrétaire de la Commission Nationale « Justice et Paix », RDC, organisation partenaire du Secours Catholique.
CONTEXTE
Le génocide au Rwanda et les conflits qui perdurent au Burundi et en RDC depuis dix ans ont fait plusieurs millions de morts, anéanti les économies (avec un pillage des ressources qui se poursuit) et souvent laissé des traumatismes difficilement surmontables, même si des signes d’espoir sont perceptibles avec un relatif retour à la paix au Rwanda et la mise en place des institutions de transition au Burundi et en RDC .
Parmi les populations civiles, les femmes et les enfants paient un lourd tribut. Les femmes constituent le pilier de l’économie familiale et sont amenées à prendre de nombreux risques et à s’exposer en continuant à aller aux champs, à collecter du bois ou à se rendre sur les marchés malgré l’insécurité. Elles prennent de nombreuses initiatives pour recréer des liens de solidarité.
De plus en plus, le viol est devenu une arme de guerre et de terreur, largement pratiquée par les différentes factions et milices, notamment en République Démocratique du Congo. Au Rwanda, on remarque que des filles de plus en plus jeunes subissent des violences sexuelles(parfois des bébés de quelques mois), souvent au sein même de la cellule familiale.
Ce sont des familles et des communautés entières qui sont bouleversées par l’explosion de telles pratiques : outre la propagation accélérée du VIH/SIDA et de différentes MST, les femmes et filles violées sont rejetées par leur entourage et par la société en général, se retrouvant alors en situation d’extrême vulnérabilité. Dans ce contexte les femmes prennent difficilement la parole pour dénoncer les violences dont elles sont victimes.
INITIATIVES
Multiplication des associations de défense des droits et de promotion de la femme, à la fois pour sensibiliser et informer les femmes sur leurs droits, mais également pour les aider à les faire valoir auprès des différents acteurs (pouvoirs publics, tribunaux, milices, etc.).
Valorisation de la capacité des femmes à jouer un rôle de médiation et d’actrices dans la construction de la paix au niveau local.
Création de cadres de concertation nationale et régionale autour des thèmes liés à la parité homme - femme, paix, tolérance et développement.
Renforcement des centres d’accueil pour les soins, l’aide psychologique et l’appui à la réinsertion familiale, sociale et économique pour les victimes et leurs familles.
Renforcement des campagnes d’information et de sensibilisation dans les écoles, les communautés et les différents mouvements de jeunesse en faveur de la culture de la paix et de la tolérance.
RECOMMANDATIONS
Aux Gouvernements de la sous-région : respecter les accords signés en vue de l’arrêt des hostilités et du rétablissement de la paix dans la région et reconnaître la femme comme interlocutrice incontournable (représentation des femmes d’au moins 30% dans les instances de décision); prévoir un cadre politique et juridique favorable à l’épanouissement des droits de la personne en général et de la femme en particulier ; aider les femmes victimes de violences et de façon générale les groupes les plus vulnérables.
Restaurer les appareils judiciaires afin de lutter contre l’impunité des crimes commis en particulier contre les femmes et les enfants ; Donner une priorité aux programmes de formation des femmes qui ont un impact direct sur le développement du pays.
Aux Sociétés civiles de la région : poursuivre leurs actions d’aide à la population, la femme en particulier, et renforcer leurs concertations nationales et régionales pour mieux exercer leur rôle de contre pouvoir et travailler avec plus d’efficacité pour un plaidoyer auprès des instances internationales.
Aux Sociétés civiles du Nord : appuyer financièrement, matériellement et techniquement les sociétés civiles de la région et renforcer le partenariat par le dialogue , la communication, et le plaidoyer en étant particulièrement attentifs à la place réservée aux femmes.
Aux bailleurs de fonds internationaux et gouvernements du Nord : réserver une part à la société civile dans la répartition des fonds destinés à la région des Grands Lacs; revoir les conditionnalités qui maintiennent la population dans la misère et donner priorités aux programmes qui bénéficient directement à la population, notamment aux femmes. Promouvoir une coopération interétatique équitable et durable qui privilégie la restauration de l’Etat de droit et de la démocratie.