FSE/ESF Forum social européen/European Social Forum - Le mouvement altermondialiste réfléchit à ses mots, à ses symboles et aux problèmes de langue
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Le mouvement altermondialiste réfléchit à ses mots, à ses symboles et aux problèmes de langue [fr]
17 December 2003

Le projet commun du séminaire se formule donc autour de trois points

Il s’agit de :

- mettre en commun les trois dynamiques autour de la question du pluralisme du mouvement altermondialiste...
- réfléchir aux obstacles à la communication ente composantes du mouvement et avancer des propositions pour y remédier
- développer de nouvelles façons d’être et de construire ensemble

S’agirait-il de se refabriquer... du sens et des valeurs ?



 

PRESENTATION

Ce séminaire est la rencontre de trois réseaux et processus de travail en cours :

- Babels, réseau international de traducteurs - interprètes bénévoles, créé en 2002 à l’occasion du FSE de Florence et qui assure l’interprétation des activités des Forums Sociaux. Babels cherche à la fois à promouvoir le plus grand nombre d’identités linguistiques et culturelles et à faciliter la communication/ communicabilité entre univers culturels, conceptuels et sociaux différents.

- le collectif Mouvements, Transversales, Espaces Marx, Les Amis du Monde Diplo, etc. qui a initié en 2002 un processus de réflexion sur les défis internes du mouvement altermondialiste, notamment son pluralisme. La diversité de ses courants et de ses cultures (politiques, idéologiques, organisationnelles, etc.) en font en effet la force mais -génèrent aussi des malentendus, des désaccords, des lignes de fracture qui pourraient menacer l’existence même du mouvement.

- Le laboratoire de resymbolisation part d’une réflexion sur les effets destructeurs du néolibéralisme au plan culturel et symbolique. Quelles en sont les conséquences sur les représentations du monde des individus et des groupes à travers le monde et, partant, sur leurs modalités d’adaptation et leurs capacités de résistance ? Quelles sont les lois fondamentales d’une société humaine nécessaires à la préservation d’un "vivre ensemble" ? Quel rôle peut jouer l’art dans cette "resymbolisation" ?

Considérant que le pluralisme est un atout majeur, voire une des raisons d’être, du mouvement altermondialiste, ces 3 dynamiques se rejoignent pour l’expérimenter et le promouvoir au sein du mouvement. Comment permettre l’expression d’une grande diversité de langues, de postures et de pratiques politiques, de formes d’expression (y compris symbolique et artistique) ? Comment faire pour que cette pluralité ne soit pas simplement une juxtaposition mais puisse véritablement entrer en dialogue ?

Comment faire pour qu’elle ne soit pas source de cloisonnements, de tensions stériles ou de ruptures ? Quels outils et méthodes construire pour faciliter la communication, bénéficier de l’apport de l’autre, dépasser les incompréhensions et les malentendus? En quoi les Forums sociaux font-ils événement, sont-ils l’occasion de recréer collectivement quelque chose, de retrouver ensemble la valeur de l’humain ?

Pour examiner ces questions, le séminaire propose de partir d’un travail sur les mots. Expliciter et gérer les incompréhensions, malentendus et désaccords requiert en effet d’être d’abord capable de les cerner et de les comprendre.

Le travail sur les mots ne vise donc pas à se mettre d’accord sur le "juste sens" d’un mot mais à comprendre ce que chacun met derrière ce mot 1/ comme signification et 2/ comme émotion et comme sens. En exposant cette diversité, et en identifiant les obstacles qui s’opposent à la bonne compréhension au sein d’un groupe, le travail du séminaire permettra, par une construction collective, de reconstruire le(s) sens d’un mot, et, partant, de reconstruire de sens.

Le séminaire ne sera pas limité à une réflexion sur les mots et les questions de communication ; il examinera également les moyens de développer et mettre en œuvre de nouvelles pratiques, de nouvelles façons d’être et de construire ensemble, qui valorisent le pluralisme et participent d’une nouvelle culture démocratique. Il s’agit ici d’évoquer des méthodes et outils utilisés pour faciliter les débats d’idées (vote coloré, construction de désaccords féconds, etc.) et les échanges entre cultures et langues différentes (lexiques polyglottes thématiques, glossaire).

Par ailleurs, fidèle à sa volonté de permettre l’expression de chacun dans sa langue, Babels a choisi de se faire représenter par Rachild Benelhocine, président du Théâtre International Visuel, qui s’exprimera en langue des signes.

Le séminaire sera conçu en 2 temps principaux :

- 1/ Présentation des 3 groupes et processus de travail à l’origine du séminaire par Stéphanie Babels pour Babels, Gilbert Wasserman pour Mouvements-Transversales-Espaces Marx-etc. et Bernard Doray pour le Laboratoire de resymbolisation

- 2/ Travail autour du mot "altermondialisme"

  • difficultés d’introduction d’un nouveau terme, notamment un concept, en langue des signes (culture, altermondialisme) : intervention de Rachild Benelhocine
  • réflexion sur la désignation du mouvement par lui-même en Italie, Espagne et France : interventions de Scipione Semeraro, Javier Navascues et Elizabeth Gauthier du réseau européen Transform
  • difficultés rencontrées à la traduction et apports du travail de l’interprète : interventions de 3 à 4 interprètes travaillant en cabine depuis le début du séminaire
  • échanges avec le public autour des thèmes du séminaire et du mot "altermondialisme"

3/ Conclusions et suites


Première partie : Présentation des trois structures initiatrices du séminaire

1. Babels (IPAM, Crid, FSU, les Pénélopes): présentation de Stéphanie Marseille

Ce réseau d’interprètes et traducteurs bénévoles intervient depuis environ un an sur les forums sociaux. C’est le « bébé » de Florence, la construction collective dont on fête les un an à Paris. Il s’est rapidement étoffé et a mobilisé, pour le FSE 2003, 900 interprètes et 80 coordinateurs.

Outre le caractère indispensable de l’interprétariat dans le cadre d’une manifestation par essence internationale, Babels s’est constitué dans une logique de promotion des identités linguistiques et culturelles. Sa réflexion se porte sur les difficultés / nécessités spécifiques du travail de traduction et touche donc plus largement aux questions de communication, voire de communicabilité entre les univers culturels, conceptuels et sociaux qui sous-tendent les différentes langues.

Nous refusons donc de n’être qu’un service d’interprétation volontaire et avons grandi autour d’un projet politique précis. A ce titre, il était intéressant de solliciter l’intervention d’un groupe particulièrement concerné, la communauté malentendante qui pratique la langue des signes.

Intervention de Rachild Benelhocine, président d’un théâtre international visuel

Pour les sourds, la langue des signes est une langue gestuelle et naturelle qu’ils ont eux-mêmes construite (son élaboration remonte à 1880). Cependant, jusqu’à la fin des années 1970, elle était interdite en France, au bénéfice de l’oralisation.

Malgré la « tolérance » dont elle fait l’objet depuis vingt-cinq ans, elle rencontre encore en France des difficultés quant à son implantation. Ainsi, elle n’est pas reconnue institutionnellement ; en témoigne le fait que les interprètes français de la langue des signes sont peu nombreux : une centaine sur le territoire.

La Communauté européenne et un pays comme la Belgique, par exemple, sont un peu plus avancés dans ce domaine. Le regroupement des sourds en association est donc un processus logique destiné à défendre la langue des signes et à faire reconnaître à part entière, à travers cette pratique linguistique spécifique, un groupe jusqu’à présent peu pris en compte (même, et sans doute plus paradoxalement, dans le mouvement altermondialiste). Rachid précise également que les sourds n’ont rien contre la langue française en tant que telle, mais qu’il leur paraît réellement important d’être reconnus et respectés dans leur mode d’expression propre.

2. Groupe Mouvements, Transversales Sciences Culture, Espaces Marx, Les Amis du Monde Diplomatique, etc. : présentation de Gilbert Wasserman

Ce groupe rassemble notamment des revues (Mouvements, Transversales...) qui travaillent ensemble depuis le FSE de Florence.

La conception du séminaire renvoie en fait à un processus, c’est-à-dire à une réflexion issue de l’action et à la nécessité de poursuivre cette réflexion, d’en faire une étape dans une perspective d’autorégulation du mouvement altermondialiste.

Le constat initial

Le mouvement altermondialiste, depuis sa constitution, s’est affirmé progressivement comme un acteur à part entière. Cette force indéniable tient notamment au fait qu’il agrège des courants et cultures des plus divers, en postulant que la diversité est une richesse intrinsèque.

Oui, mais... Force est de constater aussi que le mouvement, plus que par l’adversité et les coups portés par ceux qu’il combat, est essentiellement menacé par lui-même : la co-existence et la coopération dans la plus grande diversité (des cultures et des pratiques, des codages et de leurs références, voire des valeurs) implique facilement le retour de logiques de rapports de force et peut déboucher sur une incapacité de fait à gérer les différences.

Le mouvement est en effet affronté à une dialectique entre la volonté de préserver et de promouvoir la diversité et le désir (et la nécessité) de construire des alternatives au système dominant, donc d’adopter un profil tant soit peu « unitaire ». Dynamiques centrifuge et centripète, en quelque sorte.

Cet écueil se traduit par la difficulté à aborder les sujets qui fâchent, à traiter des désaccords à propos desquels sont susceptibles d’apparaître des lignes de fracture et, partant, un danger pour l’existence même du mouvement. Dans un cadre traversé par des enjeux de pouvoir, ce danger est vraisemblable.

D’où la nécessité ressentie d’un espace d’autorégulation, qui a donné lieu, le 5 mai 2003, à une première réunion de travail sur les différends et divergences entre les divers courants, cultures politiques, diagnostics et stratégies au sein du mouvement. Ce travail s’est prolongé lors d’un deuxième séminaire, le 11 septembre, qui a été l’occasion de se pencher sur des mots problématiques pour le mouvement et leurs différentes acceptions.

L’objectif était de construire des désaccords féconds, c’est-à-dire formulés, explicitables, prémices plus qu’obstacles de la coopération.

Comment a-t-on procédé ?

Les participants de la réunion du 11 septembre ont sélectionné des mots « critiques » (c’est-à-dire sujets à malentendus et à procès d’intention) fréquemment utilisés dans le mouvement, afin de les approfondir, de les expliciter et, en dernier ressort, de mieux comprendre les différences et éventuelles divergences d’approche.

Ainsi, les termes retenus lors de cette réunion étaient : société civile et gouvernance. Pour le premier, il est apparu, après débat et éclaircissements, que le mouvement avait plutôt intérêt à réinvestir le concept, en l’infléchissant vers société civique. Gouvernance est appréhendé davantage comme un « mot de l’adversaire », même si certains considèrent qu’il reflète un point méritant d’être traité, bien que de manière autre que dans l’acception néo-libérale actuelle.

L’association Babels, présente lors de cette rencontre du 11 septembre, a souligné de surcroît les limites introduites par la transposition des termes d’une langue à l’autre, et le laboratoire de resymbolisation s’est également joint à la démarche, en cela qu’il met en exergue l’importance des signes et des symboles comme producteurs de sens et vecteurs de mobilisation et de résistance.

Laboratoire de resymbolisation : Présentation de Bernard Doray(cf. texte de présentation joint)

Quel est le sens de cette démarche ? Sur quelle analyse se fonde-t-elle ?

Elle part d’un questionnement sur les effets culturels et symboliques du néolibéralisme. Un système aussi puissant et destructeur n’est pas sans avoir des conséquences profondes sur les représentations du monde que peuvent avoir les individus et les groupes, et, ipso facto, sur leurs modalités d’adaptation, de résignation ou leurs capacités de résistance à ce système.

En l’espèce, un événement emblématique est venu préciser la réflexion : la marche organisée par l’AZLN (Armée zapatiste de libération du Chiapas) sur Mexico en 2001 et le discours du commandant Marcos à l’issue de cette marche. C’est là un point de repère chargé de symboles.

D’où des questions : quelle est la nature de la force qui a permis l’événement ? Qu’est-ce que ça exprime du Chiapas, et de l’emprise du capitalisme sur une région du monde (ex : problèmes de la paysannerie pauvre et des cultures vivrières, ou des maquiladoras) ?

Qu’est-ce que ça met en évidence sur une idéologie « inhumanitaire » (le néolibéralisme sauvage) qui vise rien moins que l’écrasement systématique des liens humains et de la diversité culturelle (voire de la culture tout court) dans la société humaine ? Dans ces conditions, et spécifiquement depuis le 11 septembre... 1973, le capitalisme apparaît comme régressif et prédateur.

La boussole de l’action menée par le Laboratoire est à rechercher du côté d’une interrogation simple : quelles sont les lois fondamentales d’une société humaine, nécessaires à la préservation du « vivre ensemble » ? Par essence, le Laboratoire travaille autour du projet culturel, de ses objectifs, parallèlement à la question de la mémoire, de la trace, mais aussi de l’imaginaire et des symboles : qu’est-il important de garder et de sauvegarder, qu’est-il important d’inventer ?

Les Forums sociaux sont eux-mêmes des événements symboliques forts : on est en train d’inventer des mots, des symboles : quelle est la chair des liens qui peuvent se tissent en un tel moment ? En quoi les Forums sociaux font-ils événement ?

Quelques exemples

·Au Vietnam La dioxine a occasionné la dévastation de la forêt. Cette destruction écologique s’accompagne d’une destruction culturelle : en effet, les populations locales en réfèrent à une tradition animiste d’interprétation du monde et du rapport au monde. Le préjudice porté à leur milieu de vie touche donc aussi automatiquement leur culture, leurs valeurs, leurs systèmes symboliques. Le labo. de resymbolisation a engagé une réflexion autour de cela avec la population concernée.

·A Jenine ·Au Rwanda (jardin de la Mémoire)

Les mots, leur charge émotionnelle et les différences linguistiques

Qu’en est-il du terme « altermondialisation » ? Comment ce mot se construit-il (et se déconstruit-il) à partir d’approches linguistiques, culturelles et conceptuelles différentes ?

1. Rachild Benelhocine précise au préalable que, dans la langue des signes, il est difficile d’introduire de nouveaux mots et qu’il ne comprend pas forcément d’emblée le terme « altermondialisation ». En tout état de cause, il se penche sur la façon dont est construit le mot. Altermondialisation renvoie à la notion d’échanges (mondialisation)et à alter, autre, qui porte une connotation réactive par rapport à la mondialisation dominante.

Il fait un parallèle avec le mot « culture » : il y a 25 ans, un comédien sourd venu des Etats-Unis était très surpris de l’étonnement de ses interlocuteurs face au terme « culture », qui n’avait pas d’équivalent en langue des signes en France, alors qu’il était couramment utilisé dans la communauté sourde d’outre-Atlantique.

2. En Italie - Intervention de Scipione Semeraro, Transform

Les mots et les symboles ne sont jamais purs, mais toujours contaminés par leur contexte sociétal et les luttes de pouvoir qui s’y déroulent. L’enjeu est culturel (formation des consciences) et se déroule sur le terrain de l’imaginaire. C’est ainsi que, en Italie, les médias dominants ont imposé l’expression « no global » pour désigner le mouvement altermondialiste (le mouvement lui-même n’est pour rien dans cette construction).

Le mouvement a donc entamé une recherche pour s’auto-désigner en propre. Plusieurs voies ont été explorées :
- « mouvement des mouvements » ;
- « contre globalisation libériste ou libérale » ;
- « pour un autre monde possible ».

Il faut mentionner aussi une tentative d’ordre non verbal : l’expérience du « drapeau de la paix », symbole de la contestation altermondialiste qui indique une supranationalité. C’est effectivement un signe lourd de sens ; à preuve, il est arrivé que des carabiniers tentent de le faire disparaître des lieux où il était accroché.

Le mouvement a conscience de sa fragilité. Il produit effectivement une réflexion, des écrits, des symboles et des valeurs mais, eu égard à la prodigieuse capacité de captation du capitalisme, il n’est pas à l’abri d’une récupération. Le système libéral fournit en effet maints exemples de détournement et d’extraction de profit à partir de symboles : qu’on se reporte simplement au rôle des marques auprès des jeunes ou à l’appropriation par Disney du répertoire populaire des contes et à son instrumentalisation des valeurs familiales.

Il est intéressant, en contrepoint, d’examiner un cas de déconstruction du processus à partir de l’exemple d’un café installé place St Marc à Venise : le café y coûte 15 euros (une somme !). Les réactions de surprise des clients servent de point de départ à une réflexion autour des justifications de ce prix (rémunération équitable des producteurs, transformation, transport, rémunération du commerçant, etc.).

En tout état de cause, et malgré le caractère positif de l’anecdote ci-dessus, l’ensemble du processus en cours dans la société, sous la pression culturelle du capitalisme, est tendanciellement alarmant. En référence à GRAMSCI, les révolutions peuvent être passives et nous en avons là une illustration. Dans ces cas-là, sous la poussée des classes dominantes, même les symboles deviennent consommables, sont happés dans le circuit de la consommation de masse.

Quant à la traduction Elle est par définition réductrice ; mieux vaudrait faire l’effort de parler sans traduire, et en « reconstruisant » le propos. Le mouvement a la force de réaliser cela. Autre difficulté Elle touche aux institutions qui « formatent » la conscience (l’école et l’université). Il faudrait que le mouvement altermondialiste puisse en faire une analyse critique, de manière à en démontrer les effets et à les contester.

3. En Espagne- Intervention de Javier Navascues, Transform

Le terme initial désignant la mondialisation est celui de globalisation (inspiration directe de la langue anglo-saxonne). Les mouvements qui s’y opposent parlent donc d’anti- ou d’autre globalisation. Entre ces deux approches, une nuance existe : autre ou alter désigne une voie plus modérée axée sur la négociation avec le système, conformément à une logique de réparation des dégâts occasionnés par celui-ci (une « troisième voie, en quelque sorte). Alors que anti fait référence à la revendication de processus de décision strictement différents.

L’approche espagnole est aussi à resituer dans un contexte politique spécifique : celui de provinces (Pays Basque ; Catalogne) qui réclament des espaces de souveraineté spécifiques.

3. En France - Intervention d’Elizabeth Gauthier, Espaces Marx et Transform Dès le départ, il a été question davantage de mondialisation que de globalisation (terme choisi par les ultra-libéraux, considéré comme trop technocratique). En arrière-plan, le mouvement insistait sur le fait que ce n’était pas la mondialisation en tant que telle qui était refusée (au contraire), mais ses modalités de mise en œuvre.

Avec le premier forum social mondial, le terme altermondialisation a été proposé pour se substituer à antimondialisation : le nouveau vocable introduit une perspective beaucoup plus constructive et propositionnelle, en lien avec l’émergence d’un programme plus structuré et d’initiatives qui tendent à se coordonner. L’approche se veut dialectique, à la fois faite d’oppositions et d’alternatives (ex : mouvement contre la guerre ou/et pour la paix) Il faut mentionner aussi la chute du mur de Berlin en 1989, en tant qu’opportunité d’ouverture qui a donné lieu à des rencontres (impensables auparavant) entre des forces sociales très diverses, qui étaient fondées à s’unir pour constituer un front commun, avec toutes les contradictions afférentes... Parmi les autres facteurs d’accélération du passage terminologique, l’anti-mondialisation est plutôt référée aux souverainismes et aux populismes, alors que le mouvement adopte fondamentalement une attitude mondialiste.

La parole est aux traducteurs-interprètes (y compris en langue des signes) : Emmanuelle Rivière, Sabine, Nathalie Semso Le rapport que les interprètes entretiennent avec la langue leur permet de mettre en exergue, concrètement, les difficultés portées par les mots et leur transposition dans différents contextes culturels. Une critique fréquente faite à la traduction est qu’elle est réductrice, qu’elle fait perdre des « morceaux de sens » au discours. Pourtant, la traduction ne peut être considérée comme une perte systématique. L’interprète doit en effet « négocier » l’adaptation d’un discours dans une autre langue et accompagne, ce faisant, le passage d’une culture à l’autre. La traduction peut donc contribuer à enrichir un texte/ un discours, en faciliter l’expression et la compréhension, en rendre visible la richesse et la profondeur. La traduction des concepts est une entreprise particulièrement délicate car ceux-ci sont souvent riches de « bagages » et d’implicites culturels importants: doit-on alors rester fidèle à la langue d’origine, au risque d’être mal compris par les auditeurs, ou s’adapter à la « langue d’accueil », au risque de dénaturer quelque peu le propos ?

Malgré l’importance de son rôle, l’interprète reste complètement invisible -exception faite de ce séminaire ! On ne leur donne pas la parole alors qu’en réalité ils parlent tout le temps et que, sans eux, le dialogue est impossible. C’est pourquoi Babels cherche à les rendre visibles et à informer sur les modalités de traduction simultanée. Il s’agit notamment de faire comprendre aux intervenants qu’ils ont eux aussi une responsabilité dans la transmission de leurs idées.

L’interprète rencontre en effet des problèmes très immédiats et concrets : les orateurs qui parlent trop rapidement, usent de jargon, ou font des phrases trop longues dont l’interprète, qui travaille en « temps réel » ne peut pas reconstituer le sens (ce peut être le cas, en particulier, lorsque l’orateur lit son texte et que celui-ci n’est pas transmis à l’interprète). Une difficulté supplémentaire provient de la traduction en relais : dans ce cas, certains des interprètes traduisent non pas directement à partir de l’intervenant (dont ils ne maîtrisent pas suffisamment la langue) mais à partir d’un autre des interprètes : si l’intervenant parle trop vite ou n’est pas clair, les pertes sont d’autant plus accentuées. A l’inverse, la traduction est d’autant plus explicite que l’orateur a un discours clair et structuré. Il faut aussi rappeler que la traduction est un exercice fatiguant, dans la mesure où il requiert une vigilance, une concentration et une réactivité constantes.

Depuis Florence, Babels a pris l’habitude de recenser les obstacles et difficultés du travail de traduction simultanée, et a entrepris d’élaborer des lexiques plurilingues de mots-clé liés aux grandes thématiques débattues au sein du mouvement à destination des interprètes. En tout état de cause, il est essentiel que les personnes chargées de la traduction, outre la connaissance des langues, possèdent une solide culture générale, une connaissance du contexte social et culturel d’énonciation des discours qu’ils traduisent.

La réflexion engagée autour de ces questions de traduction est cruciale. En effet, le mouvement est international par essence : les paroles qui s’y expriment sont plurielles, diverses et dans plusieurs langues. Sans interprétation, qui permet à chacun de s’exprimer dans la langue qu’il maîtrise, le mouvement altermondialiste n’a pas d’objet ni de sens. Si on ne donne pas la possibilité aux orateurs du mouvement de s’exprimer dans la langue de leur choix, on les prive de la possibilité de développer leur pensée. On les empêche donc d’analyser une situation, de se confronter à d’autres expériences et de les partager. Raison pour laquelle Babels défend la diversité linguistique et culturelle et s’attache à améliorer les conditions de traduction simultanée.

Les questions soulevées lors du débat

  • Le débat est bien sûr à poursuivre par rapport au terme « altermondialisation », mais ce questionnement n’est-il pas un facteur de fragilisation, un indicateur de faiblesse face à l’adversaire ?
  • L’unité du mouvement (en intégrant sa diversité effective) est un besoin que les intervenants n’ont pas toujours paru reconnaître en insistant autant sur la diversité.
  • La notion d’altermondialisation se situe forcément en référence, en relation avec autre chose. D’où une interrogation sur l’autonomie possible du mouvement : l’usage des mots renvoie souvent à une stratégie d’étiquetage (effectuée de l’extérieur). Dans ces conditions, le terme « altermondialisation » étant dans une certaine mesure un terme élaboré en réaction à une première dénomination, quelles sont les perspectives d’autonomisation du mouvement ?

Le problème des langues renvoie à deux difficultés distinctes :

- l’appréhension des concepts dans sa propre langue
- le déracinement lié au passage d’une langue à l’autre : doit-on s’adapter à la langue et au contexte culturel spécifique de l’autre, ou lui transmettre une traduction plus littérale, donc un brin de culture propre ?

Une étape importante a été franchie, avec la première intervention d’un sourd dans un grand rassemblement altermondialiste français. Cela marque l’élargissement social du mouvement vers les personnes handicapées. Essayons d’accentuer encore cet élargissement lors des prochains Forums.

Intervention d’une personne en fauteuil roulant pour souligner le problème des frontières de la communication à l’intérieur même du milieu handicapé : un sourd ne communique pas plus spécifiquement avec un paraplégique, avec un aveugle ou un infirme moteur cérébral qu’avec une personne valide. Par contre, les sourds de différents pays peuvent se comprendre très rapidement: chaque pays a développé sa propre langue des signes nationales mais les sourds n’ont besoin que de trois jours pour s’adapter à une autre langue des signes.

Face au problème posé par l’existence de milliers de langues distinctes, ne serait-il pas préférable d’avoir une alternative, une langue commune à l’ensemble de l’humanité ? Pourquoi ne pas utiliser l’espéranto, langue neutre et solidaire ?

La mondialisation suppose l’interdépendance - pourquoi ne pas parler d’intermondialisation ?

Conclusion : Patrick Viveret, Transversales Sciences Cultures

Observation de deux renversements paradoxaux :

- 1.C’est grâce à la surdité physique que nous sentons mieux comment surmonter notre surdité culturelle.

- 2.Notre vulnérabilité (en lien avec notre diversité) est source d’inquiétude. Mais peut-être est-ce aussi une force : l’impasse des systèmes d’oppression (et le capitalisme en est un, d’autant plus à ce titre) est qu’il n’y a pas de place pour les faibles, pour les différents (et pour les différends).

Or, si un autre monde est possible, cela implique que l’humanité est « une », avec ses différences, et qu’elle doit travailler contre la menace majeure que constitue l’inhumanité.

Le mouvement altermondialiste, ceci dit, n’est pas exonéré de s’interroger sur sa principale menace (ou chance ?) : sa diversité peut être source de richesse, mais aussi d’autodestruction.






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